
[Rediffusion] Prosopagnosique : comment vivre sans jamais reconnaître ses proches ? - L'intégrale -
Mittwoch, 21. Oktober 2026 · 56 min
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Shownotes
<p>"<strong>Prosopagnosique : comment vivre sans jamais reconnaître ses proches ?</strong>" diffusé le jeudi 27 août 2026 à 13h55 sur France 2.</p><p>Nos invités vont nous faire découvrir un trouble mystérieux, assez fascinant et pourtant encore largement méconnu du grand public : la prosopagnosie. C’est l’incapacité à reconnaître les visages, même ceux des personnes que l’on aime le plus.</p><p>Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux:</p><p><a href="spoti.fi/3pUH5cp" rel="nofollow">Instagram :</a><a href="youtube.com/redirect?event=video_description&a…; rel="nofollow"> <u>/ cacommenceauj</u></a></p><p><a href="spoti.fi/3pUH5cp" rel="nofollow">Facebook :</a><a href="bit.ly/FbCCA" rel="nofollow"> <u>bit.ly/FbCCA</u></a></p><… href="spoti.fi/3pUH5cp" rel="nofollow">TikTok :</a><a href="youtube.com/redirect?event=video_description&a…; rel="nofollow"> <u>/ cacommenceauj</u></a></p><p>X (anciennement Twitter) :<a href="youtube.com/redirect?event=video_description&a…; rel="nofollow"><u> / cacommenceau</u></a></p>
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Bonjour à tous et bienvenue pour poursuivre ensemble cette 10e saison de "Ca commence aujourd'hui". C'est encore un thème inédit qu'on va aborder aujourd'hui, un thème un peu mystérieux. Nos invités vont vous faire découvrir Un trouble assez fascinant et pourtant encore largement méconnu du grand public.
Ça s'appelle la prosopagnosie, c'est l'incapacité de reconnaître les visages, même ceux des personnes que l'on aime le plus. de. 3 personnes sur 100 seraient concernées. C'est quand même beaucoup et pourtant la plupart l'ignorent. C'est peut-être d'ailleurs votre cas ou celui de l'un de vos proches à la maison.
C'est pour ça qu'on est réunis aujourd'hui. Pour nous éclairer tout au long de cette émission, il y a plein de questions qui sont soulevées. Je suis accompagnée aujourd'hui du docteur Adriane Chaboche. Bonjour docteur. Bonjour Faustine. Merci beaucoup d'être avec nous et de m'aider à prononcer le mot de ce trouble, puisque je m'y suis reprise à plusieurs fois avant de commencer.
Vous, depuis combien de temps vous utilisez ce mot, "prono-pac Pagnosie. J'ai dit une bêtise ? Prosopagnosie. Redites-le moi, prosopagnosie. Très bien. Depuis combien de temps vous prononcez ce mot et vous savez que vous êtes atteinte de ce trouble, Jessica ? Moi, ça fait depuis que j'ai 19 ans. Là, j'en ai 23.
D'accord, donc maintenant, vous maîtrisez. Oui, mais c'est plutôt récent. Si je devais vous demander, on va dire, une anecdote pour illustrer, pour ceux qui ne comprennent pas forcément ce que ça veut dire à la maison. un événement marquant qui a pu vous arriver qui illustre parfaitement votre différence.
Le jour où je suis allé pour la première fois chercher mon fils à la crèche, devant le parc, je me suis rendu compte que je ne savais pas lequel prendre. Parce qu'un enfant, il n'y a qu'un visage pour le reconnaître et ce n'était pas suffisant pour moi. Il avait quel âge, votre petit garçon ? Il avait à peu près 2-3 mois.
On sait qu'en plus, les bébés, c'est compliqué, mais évidemment, quand c'est le sien, Ça soulève beaucoup de questions et l'illustration est extrêmement claire. Et vous, Roxane ? C'était lors d'un mariage où il y avait mon meilleur ami qui était habillé de la même manière avec la même corpulence et la même personnalité qu'une autre personne.
Je ne suis pas allée les voir au cours de la soirée parce que je n'arrivais pas à les distinguer alors que c'était mon meilleur ami et que l'autre personne à côté était un parfait inconnu. Aussi, vous allez vous retrouver avec des problèmes affectifs, un problème de conflits d'amitié, il l'a bien pris.
Et vous, Aurélie, vous me dites oui. Vous, ça vous a posé des problèmes de liens, de rapports sociaux ? Oui, d'autant plus que je suis TSA et ça ajoute une difficulté supplémentaire. Vous êtes trouble du spectre autistique, vous êtes d'accord ? Du coup, ça rajoute une petite difficulté en plus au niveau social et je vais être un petit peu dans l'évitement de la discussion avec quelqu'un.
C'est le système de répétition que j'ai du mal à comprendre. On reconnaît quelqu'un le matin, on l'a reconnu pour la journée, ou est-ce que le lendemain, il faut à nouveau faire connaissance avec son visage ? On ne va pas en parler tout de suite, vous allez m'expliquer pendant toute cette discussion.
On va voir ensemble comment ça marche. Vous, c'était quoi votre anecdote ? Si vous vouliez m'illustrer vraiment votre trouble, ce serait de quelle manière ? Déjà, ma mère, si je la croise dans un contexte différent de la maison, par exemple, au supermarché, je peux ne pas la reconnaître, passer à côté de votre mère.
sans lui dire bonjour. On ne vous avait pas prévenu, mais on s'est posé la question. Je vais vous proposer de regarder derrière moi. Il y a une image qui va s'afficher, une sorte de mosaïque de visages, de personnes. Et parmi elles, j'allais dire se cachent, mais pas vraiment, mais il y a votre maman.
Est-ce que vous pouvez me dire si vous la reconnaissez ? Oui, je pense que je la reconnais. C'est la dame en bas. Elle, oui. Elle Elle ou elle ? Au milieu. Exactement, très bien. Parce qu'à droite, j'ai vu que c'était moi, donc ça aurait été compliqué. Vous ne m'avez pas reconnue. Non. Donc voilà votre maman et là, vous la reconnaissez.
Oui, là, je la reconnais dessus. Comment vous la reconnaissez alors ? À quoi vous la reconnaissez ? Déjà, les longues boucles d'oreilles comme ça, c'est celle qui est la plus apprêtée avec la dame au-dessus. D'accord. Vous savez que votre mère. Oui, elle est plutôt coquette. Même sur l'épaule, on dirait un sac avec des strass, les lunettes de soleil aussi.
C'est pas forcément les traits de son visage que vous avez reconnu. J'ai regardé la photo. Vous avez plus regardé le fond d'écran. Oui, c'est ça. Une photo de vacances comme ça, ressemble beaucoup à ma maman. Par exemple, il y a deux personnalités célèbres dans ces photos. Est-ce que vous reconnaissez des grosses stars américaines ?
Il y a des gens qui me paraissent familières un peu. Peut-être j'ai déjà vu celle là-haut, là. Elle ? Oui. Je ne sais pas, elle me dit quelque chose. Vous l'avez, vous ? Non, pas du tout. Vous la reconnaissez. Je n'ai même pas vu qu'elle avait faustine. Je n'ai pas vu qu'elle avait faustine, non plus.
Anne Hathaway, Le diable s'avait en Prada. Vous avez certainement peut-être déjà vu ce film. Et alors, il y a quelqu'un d'autre aussi que vous pouvez reconnaître ? Vous savez, oui. Justement, on ne peut pas les reconnaître. Peut-être l'affiche derrière pourrait me donner un indice, qu'elle soit connue justement, on dirait un truc de.
Vous reconnaissez qu'il y a un photocall ? Oui c'est ça. Donc en effet, vous connaissez pas cette chanteuse, vous la reconnaissez pas ? Non, c'est Angoon. Mais est-ce que vous connaissez Angoon ? Oui, mais là je l'aurais pas reconnue. Vous l'avez reconnue, Angoon ? Alors j'avais une familiarité, mais comme c'est pas une de mes chanteuses préférées, oui alors donc ça n'a c'était un autre sujet.
Vous avez été diagnostiquée il y a quelques années. Est-ce que vous souvenez des premiers moments où vous avez senti, vous, un décalage ? "C'est bizarre, je n'ai pas les mêmes automatismes que les gens autour de moi." Les premières fois, c'était en primaire, mais je ne pensais pas que c'était un décalage non plus.
C'est un peu bizarre. C'est le fait de, par exemple, les dames de cantine avec les professeurs. Vous confondiez les. Même les élèves, ça m'arrivait de. Il y avait des élèves où toute l'année, je pensais que c'était la même personne. C'est grâce à une photo de classe où j'ai vu que c'était deux personnes différentes.
D'accord. Pour que ça soit hyper clair pour ceux qui nous regardent, vous allez peut-être m'aider, mais le visage est flou, vous ne vous en rappelez pas. Est-ce que c'est un problème de mémoire ? C'est absolument pas un problème de mémoire. La mémoire fonctionne très bien chez vous. Parfois, elle est même très stimulée.
C'est vraiment un problème d'association. C'est un petit peu comme si on se donne une image très simple, on a la vidéo et les sous-titres sont brouillés. On n'associe pas le visage à une personne connue. Pourtant, on sait qu'on peut connaître la personne. Vous savez vous référer à votre maman. On voit un visage qui est reconnu, il n'y a pas de problème visuel, donc l'information parvient au cerveau.
Mais la reconnaissance du fait que c'est un visage avec les sourcils, le nez, la bouche, les joues, et l'association à notre grande bibliothèque d'images que nous avons dans notre tête, aller rechercher à qui ça correspond, c'est là où l'association ne se fait pas ou pas bien. Donc dans les exemples, par exemple, Yohann, vous n'aviez pas reconnu votre bébé, mais finalement vous le reconnaissez.
Donc il y a eu une association qui a pu se faire. Et chez des personnes, ça va être tout le monde. Et chez d'autres, quand même, le cercle 1 réussit à être associé, ce qui était très parlant dans l'observation et Quand je vous ai regardée être très attentive, on voit à quel point vous devez être attentive.
Et surtout, vous nous avez décrit de votre maman par ce qu'il y a autour de son visage. Vous avez bien vu que c'était un visage et autour, c'était les cheveux, les boucles d'oreilles, le paysage. Et c'est ça, je crois, qui a permis que vous puissiez l'associer à votre maman. Oui, tout à fait. Vous avez commencé à l'exprimer, le fait que ça soit problématique, à quel âge ?
Je pense vers le collège. Ça commence à être plus compliqué parce que c'est là où on veut être un peu cool, on veut se faire des amis, on veut sociabiliser. Et de ne pas reconnaître ses amis, parfois, c'est un peu compliqué pour nouer les liens. Le matin, il y a quelqu'un qui vient à vous, pas tout de suite : "C'est Alexandra, ma meilleure copine."
Vous allez observer, c'est sa voix, ce qu'elle va vous dire, qui va vous permettre de confirmer votre intuition comme quoi c'est votre ami. Oui, surtout qu'à l'époque, tout le monde avait à peu près le même style, s'habillait à peu près pareil. même la manière de parler, les mots employés. C'était vraiment pas évident.
Il faut qu'elle se présente un peu à moi ou avec un truc un peu particulier qui me rappelle elle ou sa voix, beaucoup sa voix. C'est très angoissant parce que vous vivez dans un monde d'éternel inconnu. On se pose des questions, on essaie de deviner à chaque fois. Vous, c'est quoi les stratagèmes que vous avez développés pour vous dépatouiller de tous ces visages anonymes ? Moi, c'est beaucoup sur la vibe, l'énergie de la personne.
J'associe les gens un peu à des couleurs. Vous êtes orange, c'est grâce au plateau. Je pense qu'en effet, il y a un lien. On est quand même très envahis par le orange, qu'on adore, mais en effet, je sais que pour vous, je serai orange. Les couleurs peuvent changer par rapport à ma première impression et plus tard, mais le fait d'avoir des couleurs pour les personnes, quand je la revois et qu'elle me rappelle encore une couleur, je me dis que c'est parmi.
parmi ces gens que j'ai. Ca fait un filtre. Vous êtes sensible aux énergies des gens et vous les classez une personne un peu froide, une personne. Il y a beaucoup de gens rouges et bleus, en général. Si vous dites qu'il est rouge, il se dit qu'il a raté un truc. C'est dans la personnalité. Oui, bien sûr.
J'ai compris. C'est quoi, d'ailleurs, votre typologie ? Rouge, c'est des personnalités un peu sanguines ? Oui, plus impulsives, qui n'ont pas leur langue dans leur poche, beaucoup d'énergie, qui parle beaucoup et voilà. D'accord. Et les autres couleurs, c'est quoi ? Noir ? Je n'associe pas les gens à la couleur noire en général.
Plus gris, des personnes plus tristes, on dirait. Oui, avec du gris. Après, les roses, c'est des personnes avec beaucoup, une âme d'enfant. Des personnes jaunes, c'est des personnes très joyeuses et pétillantes, etc. Mais comme les gens changent d'humeur, parfois ils changent de couleur pour moi et c'est un peu plus.
Oui, voilà. C'est un peu plus compliqué. Yad réagissait quand je lui demandais si c'était angoissant d'être en permanence entourée d'inconnus. C'est angoissant ? Ca vous arrive parfois ? Je pense que c'est pas vraiment angoissant, mais je me pose vraiment beaucoup de questions. J'ai un repère, en général, une personne que je connais au moins, je vais la voir et je lui dis : "Est-ce que je connais ces gens ?
Je les ai déjà vus, tu penses ?" Comment il réagissait ? Parce que vous avez été diagnostiquée finalement assez tard. Comment il réagissait au collège, vos copains ? "Est-ce que lui, je le connais ?" "T'abuses, tu connais, mais tu es dans notre classe." Ça a pu vous mettre dans des situations un peu complexes, même de vous disputer avec des personnes parce qu'ils étaient vexés ?
Ne me disputer pas à ce point-là, je ne pense pas, mais des situations gênantes. Par exemple, une fois, au collège, il y a une fille qui arrive vers moi, elle m'ouvre les bras comme ça. Je lui ouvre les bras aussi. Elle passe à côté, elle va derrière. Elle fait un câlin à une autre. Elle vous a fichu un gros vent.
Oui. En fait, je ne la connaissais pas bien. C'était pas du tout une copine. J'étais persuadée qu'on se connaissait, que c'était une amie. D'accord. Et en couple, est-ce qu'avec les garçons, ça a pu vous poser un problème ? Avec les garçons ? Au début, c'est un peu compliqué. Comment dire ? Je pense que le lien prend peut-être un peu de temps parfois. Non, en soi, ça va.
En général, mon repère, ça devient mon copain. Dans les situations sociales, je veux bien l'emmener partout parce qu'il me permet de me dire si je connais telle personne ou non. D'accord, mais au départ, il faut le reconnaître avant de l'emmener quelque part. Ça m'est déjà arrivé, par exemple, avec mon copain actuel.
Je travaillais et Je pensais qu'il était venu à mon travail. C'était dans un centre commercial. Il y avait pas mal de touristes asiatiques. C'est un asiatique, mon copain. Du coup, je l'ai appelé. Je lui ai dit : "T'es là ? Je crois que t'es venu me voir, non ? "Non, je suis à la maison. "Je te jure, je crois que t'es là."
Et au final, c'était pas lui, mais il lui ressemblait vraiment beaucoup. Vous avez déjà pas reconnu votre compagne, Yoann ? Je peux ne pas reconnaître ma compagne si je la croise à un endroit où je ne m'attends pas qu'elle soit présente, parce que je ne vais pas mettre en place le "tiens, je reconnais cette personne", mais surtout si elle ne me regarde pas avec l'attention, le petit sourire, le petit signe de tête.
L'amour, le signe de reconnaissance. Donc oui, ne pas reconnaître quelqu'un, c'est d'abord ne pas chercher à reconnaître quelqu'un. En fait, reconnaître quelqu'un pour les personnes propagoniques, c'est fatigant. Parce qu'il faut se dire OK, cette coupe de cheveux, ces bijoux, est-ce que je sais que faut les fouiller ? C'est un trombinoscope dans sa tête permanent pour essayer de reclasser la personne.
Ouais, sauf que c'est un trombinoscope sans visage. C'est un trombinoscope avec des cheveux, des bijoux, une émotion. Et je ne le lance que quand j'arrive à un endroit où je sais que j'ai des gens à reconnaître en soirée ou autre. Si je m'assois en face de quelqu'un dans le métro, je vais pas commencer à me dire, est-ce que je le connais ?
Parce que si je me pose cette question, je vais trouver quelqu'un qui a cette coupe de cheveux et ce type de lunettes et je vais parler à un inconnu parce que ça sera pas lui. Donc vous, quelqu'un de versatile qui change un petit peu d'allure, c'est l'horreur pour vous ? C'est une personne qu'il ne faut pas avoir comme ami ou au contraire, les cheveux rouges, c'est super ?
Exactement. En tout cas, quand j'arrive à un événement, une soirée où je connais pas les gens, je vais naturellement me diriger vers. Le plus grand, celle qui a les cheveux rouges, la plus petite, les gens qui, si je commence à discuter, partent et reviennent, je retrouve la personne. Est-ce que les nos, nos invités aujourd'hui ils sont-ils sont nés avec cette différence, ce handicap ?
Ça dépend si on utilise ce mot ou pas. Ou est-ce que c'est quelque chose qu'on développe ou qui peut être suite à un traumatisme ? Les 2 sont possibles. On peut développer la prosopagnosie suite à un traumatisme ou une maladie, une lésion. En fait, au niveau de la chaîne des organes du cerveau qui contribuent à cette reconnaissance des visages.
Donc c'est des zones qui sont à l'arrière et sur les côtés. Et c'est comme ça que historiquement, on a découvert le trouble en 47, après la 2nde Guerre mondiale, on a remarqué que des blessés de guerre avaient cette pathologie. Mais finalement, il y a plus de personnes qui naissent avec et c'est plus récent, la découverte de cette réalité.
dans les années 90-2000, pour les descriptions non sans lésion, en fait, mais de naissance. Et ça, on le comprend pas très bien encore. On a différentes hypothèses pour essayer de comprendre comment ça se fait qu'à la naissance ou au cours du développement, il pourrait y avoir cette mauvaise information qui se transmet, qui ne permet pas cette reconnaissance des visages.
Mais donc on peut l'avoir au cours du développement, à partir de la naissance jusqu'à l'âge adulte. Vous avez donc grandi avec cette différence. Vous m'avez expliqué votre rapport à votre petit copain. Qu'est-ce qui fait qu'à un moment, vous avez voulu être diagnostiquée ? Qui vous a mis sur la voie d'aller voir un médecin pour comprendre ?
Je suis pas allée dans ce but-là. A la base, je suis allée voir un psy pour des problèmes de comportement alimentaire, des trucs du lycée. Et c'est en parlant. A un moment, je crois que je lui ai dit : "De toute façon, je reconnais jamais personne." "Je vais te faire faire un test." de faire faire des tests.
Il commence à sortir des tests avec des célébrités et un truc de mémorisation aussi avec des gens de profil sur des photos. J'ai échoué le test et c'est là qu'il m'annonce que je suis prosopa musique. Au début, je ne connaissais pas du tout le mot, donc je pensais que c'était super grave, j'avais trop peur.
Au final, ça va, ça m'aide à comprendre et ça m'a rassurée. Je me suis dit, je ne suis pas nulle, c'est juste que. Est-ce que vous sentiez nulle ? Oui, quand même. Je me sentais nulle. Même pour les voitures, par exemple, je ne reconnais même pas la voiture que j'ai depuis trois ans. J'étais intéressée par ce que disait Siska en disant : "J'ai classé les gens par couleur."
C'était quoi vos techniques pour vous dépatouiller de tous ces inconnus ? Je me suis rendu compte que j'observais beaucoup les cheveux. Donc s'ils sortent un peu du lot, je vais reconnaître la personne. Les gens, par exemple, qui sont tatoués. Les bijoux aussi, comme la maquilleuse tout à l'heure qui avait un certain bijou, je l'ai reconnue par rapport.
Enfin, je sais que je vais la reconnaître grâce à ça. D'accord. Et vous, Roxane, c'est quoi vos tips ? Ceux qui sont déjà évoqués et que j'utilise beaucoup, c'est le système d'ancrage. En fait, je vais ancrer un nom, prénom, donc le prénom est associé au nom de famille avec un métier, une zone géographique et un un contexte, un élément différenciant.
C'est l'association de ces plusieurs ancres, de cette ancre avec plusieurs points, qui me permet de l'ancrer plus longtemps dans le cerveau. Dans ce que vous me dites, il n'y a rien de physique, vous associez quand même un truc physique ? Oui, ces éléments différents en sciences, ça peut être bien sûr la couleur des cheveux, ça peut être des lunettes, ça peut être quelqu'un qui va de taille petite, un peu comme moi, ou au contraire des gens qui vont être extravertis.
C'est tout cet assemblage de ça qui fait que je peux reconnaître quelqu'un, ce qui m'aide quand même vraiment Le plus, c'est vraiment le contexte, plus les éléments différenciants, la zone géographique. Si je vais dans une autre ville où je dois rencontrer des gens, par exemple à Paris, je sais que ça va être le cadre professionnel, donc je ne m'embête pas à essayer de trouver des gens dans le cadre personnel.
Vous me donnez la pression d'avoir comme un gros dictionnaire devant vous en permanence et de chercher. Vous êtes en train de feuilleter pour trouver le bon mot, pour trouver la bonne personne en fonction, vous dites : "La région, OK." C'est marrant. Du coup, je réalise à quel point ça doit être fatiguant. Je réalise aussi, en vous écoutant, que dans une situation professionnelle, je dis n'importe quoi.
Votre patron arrive, vous ne le reconnaissez pas, ça peut porter à conséquence. Vous arrivez à une réunion où vous ne savez pas reconnaître qui est. Je dis n'importe quoi, mais du marketing. qui est de je sais pas quoi, c'est très. Voilà, il faut l'annoncer aux gens, il faut prévenir, ça peut être très mal interprété.
Quelqu'un qui vous reconnaît pas, c'est hyper vexant. Oui, alors moi, du temps où je ne savais pas que j'étais prosopagosique, à un moment, je travaillais dans les tours à La Défense, il y avait de l'open space, et en fait, les hommes avaient globalement le même style de coupe de cheveux, portaient le même style de veste, et c'était angoissant d'arriver notamment dans la salle café, parce que dans la salle café, les gens, tu sais pas qui est qui, les gens parlent de leurs loisirs et que moi, je connaissais les gens professionnellement selon le projet où ils travaillent.
C'est qu'aujourd'hui, il y a des flyings, des postes, chacun arrive, alors qu'avant, chacun avait au moins un bureau, limite avec le nom dessus. Je me suis rendu compte que j'étais pas adapté pour arriver dans la salle café et donc ma stratégie de compensation, c'était. Bah d'arriver en retard parce que quand je dois arriver après 9h30, comme tout le monde doit arriver avant 9h30, les humains sont rangés à la bonne place.
C'est à dire que John, il est assis à la place de John et j'avais photocopié la sortie de secours et mis les prénoms des gens. Comme ça, je pouvais réviser dans l'ascenseur et dire bonjour avec le bon prénom. Mais effectivement, j'étais pas vraiment adapté pour reconnaître les gens quand ils arrivaient dans le couloir.
Dans ce cas-là, c'était un grand sourire, un petit coucou. On n'a pas parlé de vos propres visages. Par exemple, c'est vrai. Vous voyez une photo, vous arrivez à vous reconnaître, Jessica ? Comme ma mère tout à l'heure, ça dépend de l'environnement. "C'est des vacances que j'ai déjà faites, c'est une tenue que je connais, que j'ai déjà portée."
Mais sinon, j'ai quand même du mal. Et dans la vraie vie, par exemple, je ne sais pas à quoi je ressemble. Non mais attendez, quand vous arrivez devant un miroir, Vous déduisez que c'est vous parce que vous savez que c'est un miroir, mais vous ne vous... C'est vrai que c'est du on a du mal à se projeter.
Mais en fait, c'est comme si je le redécouvre à chaque fois. C'est comme si je le redécouvrais à chaque fois, mon visage dans chaque reflet. Non mais en même temps, tous les jours, on se dit "Oh mais en fait, je suis pas mal." Tous les jours, un nouvel ami, on se trouve beau, belle, si c'est bien vécu de cette manière-là.
En tout cas, ça témoigne. Moi, je suis admiratif des capacités, des facteurs d'adaptation de ressources que vous mobilisez. Ca muscle d'autres fonctions, d'autres réseaux, c'est remarquable. Témoignage, Yoan, en disant "Je ne suis pas adapté." On a quand même une question d'inclusivité, parce que c'est pas vous qui n'êtes pas adapté, c'est l'environnement qui ne l'est pas.
Alors qu'on pourrait trouver des choses peut-être assez simples pour aider. En général, il y a une attente de la société qui est quand on rencontre quelque chose, ça se passe en 1/10 de seconde de savoir qui c'est. Et pour les personnes protopagnosiques, c'est pas 1/10 de 2nde, on a besoin de 5 secondes ou 10 secondes, la voix, un sujet de conversation et ensuite ça marche.
Mais on le voit dans le regard de l'autre. OK, il me connaît, il a vu que je l'ai pas reconnu, vite un sourire, vite je fais comme si j'étais reconnu et on va avoir tendance à faker la reconnaissance parce que la personne elle va mal le vivre de pas être reconnue. Et elle le prendra personnellement, elle va pas se dire elle va pas se dire Yoann est un peu nul, elle va se dire je suis pas assez intéressant pour que Yoann me reconnaisse et on veut pas donner ça aux gens, ils ont pas envie d'avoir ça.
Donc on feint la reconnaissance, on discute 5 secondes et tout d'un coup, ah bah ça y est, cette voix, ce contexte, ce truc, et cetera, c'est telle personne à tel moment. Des faut avoir une phrase d'ouverture où on pose une question à l'autre qui va nous remettre dans le contexte. Ah, je suis content de te revoir, ça fait longtemps.
Point d'interrogation, la personne va être obligée de dire "Bah oui, c'était à tel moment et des fois c'est le crash parce qu'elle dit "Bah non, c'est vu hier." Ouais, mais pour moi je t'aime tellement que depuis hier ça fait longtemps. Mais effectivement, quand on il y a plein de petits moyens d'ouverture où on donne l'occasion à l'autre de dire pourquoi on se connaît et depuis quand est-ce qu'il y a plein de gens qui le sont et qui ne le savent pas ?
J'imagine, j'imagine parce que je l'ai appris récemment. donc. Et comment ? Qu'est-ce qui vous a mis sur cette piste-là ? En me renseignant sur le TSA, après avoir été diagnostiquée, j'ai beaucoup lu et je suis tombée sur la description de la prosopagnosie où je me suis totalement reconnue et je suis tombée des nues.
"Mais tout le monde ne fait pas ça ? Tout le monde n'a pas des stratégies pour reconnaître les gens ? Tu veux me dire que dans ta tête, tu arrives à t'imaginer le visage de tes proches ? Il y a beaucoup de gens qui ne le savent pas, Adrien. Enormément, probablement, peut-être même les deux tiers ne le savent pas.
On a dit que c'est 2 à 3 %. Donc en France, il faut se donner des chiffres, c'est 500 à 1 million. C'est énorme. C'est énorme, je trouve. Et certainement plus. Mais d'où l'importance d'en parler, parce qu'on ne peut pas en prendre conscience tant qu'on n'a pas mis le doigt dessus, par définition. Donc vous construisez avec, vous façonnez avec, jusqu'au jour où il y a ce que j'appelle le bug fondamental.
"Mais en fait, c'est pas comme moi, on réagit pas de la même manière." Et là, on prend conscience. La moyenne de diagnostic est très tardive. Finalement, vous avez été diagnostiqué "jeune", entre guillemets, parce que c'est plutôt autour de 40 ans, quand même. Ah ouais ? Depuis tout à l'heure, je suis en train de me demander quelle couleur vous êtes.
Il est peut-être bleu ? Non, mais il est de quelle couleur, Jessica ? Violet ? On n'a pas parlé du violet, ça veut dire quoi, violet ? Je sais pas, élégant. Il est grand. Oui, élégant, un peu discret, mystérieux, un peu. Vous êtes mystérieux. Ils ont un sens de l'observation très fin. C'est la première impression, je ne sais pas.
Et moi, vous me trouvez. Ah oui, orange, vous m'avez dit. Et orange. Je me trouve aussi jaune. Alors, jaune, on a dit, c'était. ? Personne pétillante, joyeuse. Ca me va, le jaune. Ca me va très bien. C'est la mode. Ca vous va bien. Les voix aussi, ça m'aide beaucoup à reconnaître les gens, énormément. Quand je regarde des films, C'est sur ça que je me base pour reconnaître les personnages.
Ca m'arrive souvent quand je regarde un film de me dire : "C'est tel doubleur, c'est aussi tel personnage." Pareil, comme association d'idées, c'est très intellectualisé finalement. Ca relève de la culture également. Il faut apprendre et vous renseigner sur les régions. Vous êtes obligé d'accumuler beaucoup d'informations sur les gens autour de vous.
Si à chaque fois vous devez repérer, entre guillemets, vos souvenirs de la région de la personne. Avec laquelle vous parlez. Alors, vous avez mis en place un test, une association donc, et un test, un test. Pourquoi ? Yohan, expliquez-moi à quoi il sert ce test. Alors, ce test, il sert à ce que une personne qui le passe se rende compte que ce qu'elle fait au quotidien sont les mêmes stratégies de compensation que des personnes qui ont été diagnostiquées ou qui se sont auto-diagnostiquées prosopagnosiques.
En fait, j'ai pris mes comportements ainsi que les comportements de toutes les personnes prosopagnosiques en disant. Est-ce que tu fais ça ? Est-ce que tu fais ça ? Est-ce que tu fais ça ? Et je me suis dit, si on fait passer ce test-là, les gens, on va leur donner un certain nombre de points, et s'ils dépassent tant de points, on peut leur dire les gens prosopagnosiques ont généralement au-delà de tant de points, et les gens non prosopagnosiques ont en dessous de tant de points.
Je ne suis pas médecin, je ne suis pas scientifique, surtout pas un diagnostic, je dis juste c'est un test qui va permettre de peut-être aller chercher plus loin pour te dire Ok, je ne sais pas si je suis problème, mais au moins j'ai les mêmes stratégies de compensation. Bon alors moi j'ai envie, je vais me mettre à côté de vous, docteur. Il ne faut pas changer de place sinon on va les troubler.
Non, pas du tout, on va regarder parce qu'on va le faire ce test. Vous pensez que vous êtes atteint docteur ? Moi j'ai des petites fragilités par rapport à ça. Par exemple, je sais bien avec mes patients, si je vois le visage de mon patient, tout me revient. Par contre, si vous me donnez le nom de mon patient, je n'accède pas à sa mémoire.
Il faut vraiment que j'ai le visage. Vous n'associez pas le nom au visage, mais indépendamment, peut-être que vous avez tout le dossier, mais les deux, vous ne les associez pas ? Exactement. C'est pas la même chose, c'est vraiment une difficulté de l'identification du visage. C'est une problématique de mémoire.
D'accord, très bien. On va regarder quelques-unes de ces questions, pour voir si on met en place tous ensemble ces mêmes stratégies. Avez-vous du mal à différencier les personnages dans les films ou séries quand ils ont des vêtements similaires ? costume, uniforme, habits d'époque. Évidemment, vous allez me dire que vous, oui, évidemment, j'ai bien compris. Presque toujours. Et vous, Adrien ? Ça peut être souvent.
Ah, ça peut être souvent ? Je me demande si moi aussi, dis donc. Mais peut-être que j'ai un problème d'attention, moi plus, donc c'est peut-être ça, haute concentration. Est-ce que vous avez des difficultés à estimer l'âge d'une personne ? C'est marrant que ça vienne cette question-là. C'est très dur.
Alors oui, pourquoi ? Parce qu'en fait, ceux qui ne sont pas profs de pognostique ont des Base de souvenirs, enfin, ont le souvenir des visages de tous les gens qu'ils connaissent. Et donc, quand quelqu'un se pointe devant toi et dit à ton avis, j'ai quel âge ? Bah c'est facile. Tu compares le niveau de ride à ta base de connaissances, mais quand t'as pas de base de connaissances, tu regardes la personne.
Et moi, je me base plutôt pour estimer l'âge d'une personne. À quoi ? À sa maturité. Qu'est-ce qu'elle raconte ? Et j'ai tendance à dire que oui, une personne qui est très mature va être plus âgée et donc des fois je suis ou à sa taille. Quelqu'un qui est petit va être comme un et donc je me plante à chaque fois.
Je suis très mauvais. Alors si toute la personne est manifestement. âgé, vu les cheveux, etc, je ne vais pas y arriver. Mais sinon, voir la différence entre 25, 35, 45, 50, je me sens toujours un peu perdu et je botte en touche cette question, je ne veux pas y répondre. Moi j'ai 35, vous cassez pas. Vous rigolez.
Alors on va regarder deux autres questions : vous arrive-t-il de confondre des personnes qui ont une coupe de cheveux, des lunettes ou une barbe similaire ? Adrien ? Non, être porteur de barbe de naissance, ça va. Et vous ? Presque toujours. Est-il plus facile pour vous de reconnaître quelqu'un grâce à sa silhouette ou à sa manière de marcher plutôt qu'à son visage ?
Oui, toujours, toujours. La silhouette vous aide. Adrian aussi. Mais enfin, Adrian, peut-être qu'il faudrait vous auto-diagnostiquer. Ouais, je pense que je suis assez plein de plein de nœuds en fait. C'est pour ça que je suis assez proche de mes patients, parce que j'arrive à identifier des choses avec eux par empathie.
Et les personnes, une fois qu'ils répondent à ces tests, donc on peut le retrouver, on mettra les coordonnées évidemment sur les réseaux sociaux grâce à votre association. Qu'est-ce qu'ils vous disent après ? C'est une révélation finalement, qu'est-ce que le fait de mettre un mot change dans une vie ?
Généralement, les gens me disent merci, c'est un soulagement. Je croyais que j'étais nul, je voyais qu'il y avait un problème. Tout d'un coup, ils se disent, mais en fait, c'est pas ma faute ou c'est pas que ma faute, ça vient de là. Parfois, il y en a qui sont en colère. En colère ? En fait, quand tu as 50, 60 ans, que toute ta vie T'as vécu angoissé des relations au travail et que tu te rends compte que j'ai déjà vu des psys, j'ai vu des médecins et personne m'en a parlé.
Quelle perte de temps. Ouais, quelle perte de temps. Il y a deux semaines, j'étais sur un festival où je faisais une petite forme théâtrale justement pour parler du trouble. À la fin, il y a une personne qui était un peu en état de choc et je suis allé lui faire un câlin et elle pleurait. Parce qu'elle se dit en fait, mon psy m'a diagnostiqué un TAG, un trouble anxieux généralisé, je lui ai parlé de toutes mes angoisses, etc.
Il n'a pas été capable de me dire que peut-être qu'une part de ça, de mon incapacité à être à l'aise ou de choisir l'heure dans mon village au marché où il y a le moins de gens vient de cette angoisse de les gens viennent me parler et moi je suis perdu. Vous êtes ému quand vous en parlez, Yoann ? Ah ben oui, toujours parce que c'est moi, ça heurte enfin. Si j'ai envie d'en parler aujourd'hui, c'est parce que c'est pour réconcilier mon l'enfant que j'ai été, qui avait des vraies difficultés à faire lien social avec les autres, qui a qui a été et qui s'est aussi mis à l'écart à un moment où où c'était difficile de faire société quand y a beaucoup de gens à reconnaître et à comprendre le lien.
C'est-à-dire qu'aujourd'hui que vous êtes diagnostiqué, c'était à refaire ? Ça aurait tout changé de le savoir pour l'enfant que vous étiez ? Oui, aujourd'hui, je suis content d'être prosopagnosique. Pourquoi ? C'est un super pouvoir ? C'est un super pouvoir pour certaines façons. En fait, le petit pas de côté que ma prosopagnosie me fait avoir, c'est de regarder les gens autrement, c'est de les super analyser, c'est de jouer à Sherlock Holmes à chaque fois.
Et donc, en fait, en jouant à Sherlock Holmes, je me fais peut-être des idées sur ce que sont les gens. Mais ma base de connaissances de les gens qui portent ce type de montres et qui ont ce type de vêtements, qui sont habillés comme ça, c'est un super pouvoir pour avoir une intuition de avec qui je vais m'entendre, qui est-ce que j'aime bien.
? C'est presque une hypersensibilité, développer autrement. Et dans mon travail photographique qui est axé sur la photographie documentaire, avoir une idée de qui sont les gens. de. Comment je peux leur parler de comment créer très rapidement du lien en trouvant un point d'intérêt entre nous ? C'est-à-dire que quelque part, ça vous demande plus d'efforts, mais ça apporte également beaucoup plus dans le lien social.
C'est aussi un rapprocheur finalement. Donc c'est un don, un peu. Pour vous, me dites que c'est un don. Et si on pouvait en guérir, vous voudriez en guérir ? Alors non, aujourd'hui, je veux bien garder ma prosopagnosie parce que C'est elle qui nourrit mon travail photographique artistique. Alors on a vu tout à l'heure, vous me disiez que ça pouvait être naître suite à un choc, un traumatisme.
Est-ce qu'on a vu des personnes qui avaient ce trouble et qui en effet, ce trouble a disparu ? Alors dans le cas où c'est acquis, c'est à dire suite à une maladie, soit un accident vasculaire cérébral, un traumatisme physique, une lésion, comme notre cerveau a une des capacités de réparation, on peut progresser, peut-être pas tout récupérer, mais quand même progresser.
Quand c'est développemental inné, là, la marge de gain, elle est très restreinte. En revanche, toutes les facultés d'adaptation, elles, sont au devant et c'est ce qui rend unique. C'est ce qui stimule finalement cette finalement cette curiosité que ça pousse en vous et peut être qu'on. On aurait tout intérêt à être aussi, nous, du côté des docteurs, assez curieux de le détecter, de le dépister avec astuce, comme vous l'avez fait dans votre questionnaire.
Vous me disiez que vous n'aviez pas reconnu votre fils à la crèche. C'est là où ça doit être extrêmement culpabilisant pour un parent. C'est difficile de dire ça et même de le raconter aujourd'hui. Est-ce que c'est héréditaire ? Est-ce que votre fils, l'un de vos fils, a ce trouble, je crois ? Oui, mon fils, il a 17 ans et il est prosopagnosique.
Moi, j'ai pu m'en rendre compte parce que je suis attentif à ça et puis parce que j'ai pu voir que, un peu dans la manière de se comporter, où je l'ai vu enfant prendre la main de mon oncle et puis avoir un coup de tête angoissé quand il se met à parler parce qu'en fait il avait cru que c'était mon père, parce qu'il y avait deux hommes qui ont la même morphologie et il a une connexion particulière avec son grand-père.
avec le frère de son grand-père. Et quand j'ai vu ça, j'ai fait : " Ça, veut dire que tu as mal identifié un membre de ta famille dont tu es potentiellement pro de ma musique ?" Et j'ai pu lui poser la question, et notamment quand je lui demande comment ça se passe au lycée ? Comment tu retrouves tes copains ?
Il me répond : "C'est facile, on se retrouve toujours au même endroit. Il y a leur coin spécifique. Et puis, quand il va dans ce coin où il y a ses amis, c'est facile, il me regarde et il me sourit. À l'école, c'est quoi les autres stratagèmes qu'il a pu développer votre fils ? Ou vous, par exemple ?
Je me souviens, quand on était petit, dans les couloirs, il y a les noms avec les manteaux qu'on met en dessous. Ça pouvait vous aider ça, le matin, de voir qu'un imperméable jaune, c'est pour Quentin ? Alors ça, c'est effectivement en primaire. Moi, quand j'étais en primaire. Dans mon cahier de Dans mon cahier de brouillon, j'avais une page secrète.
C'était la dernière page où j'avais noté les couleurs des manteaux et le prénom des gens. Et quand j'entendais l'horaire de la récré le plus discrètement possible, je regardais parce que je savais que tout le monde allait courir partout en récré et que si je voulais retrouver mon copain, eh ben il fallait retrouver le manteau jaune ou le manteau bleu.
Vive l'hiver. Mais alors l'été, c'est la galère. Eh ben exactement, quand je le matin, faut dire T-shirt blanc, T-shirt bleu, quand Summer is coming, il y avait le côté angoissant de Ah ben tiens, ça va redevenir difficile. Mais ce que ça a aussi changé peut-être chez moi et qui a ensuite joué sur ma personnalité, c'est que les garçons ils aimaient bien jouer au foot.
Et puis pour jouer au foot, faut retirer son manteau. Ben je suis pas très adapté pour jouer au foot quand tu sais pas à qui faire une passe, donc j'aimais pas ça. Ou quand je le retrouvais avec le ballon, je l'envoyais le plus loin possible sans viser personne. Parce que si tu vises quelqu'un pour lui faire une passe et qu'il est pas dans ton équipe, c'est la honte suprême.
Vous avez toujours été un très mauvais joueur, mais vous pouvez nous le dire maintenant, vous êtes un excellent joueur. Et donc j'allais jouer avec les filles et tant mieux. J'ai appris d'une autre sensibilité, on jouait au papa et à la maman, j'ai appris d'autres choses. Ouais, je comprends. L'hérédité, un mot sur l'hérédité, docteur ? C'est une des découvertes plutôt récentes, majeures pour la prosopagnosie.
C'est 2007 avec les travaux de Grutter. Bon, c'est bien de le citer pour rendre hommage. On estime à peu près 60 à 70 % des personnes étant prosopagnosiques. On retrouve à une ou deux générations quelqu'un qui est aussi porteur de ce trouble. D'accord. Donc c'est quand même notable. Et ce que je propose à mes patients pour justement cette détection en bas âge, c'est quand on va chercher son enfant à l'école, "Montre-moi qui est ton meilleur ami."
S'il a du mal à montrer du doigt, "Tiens, regarde, c'est untel", ça peut déjà mettre la puce à l'oreille. Roxane, je voudrais qu'on s'intéresse également à votre histoire, puisque vous avez vécu cette différence pendant des années sans réussir à mettre un mot dessus. Vous avez accepté de revenir pour nous sur ce parcours. Il va faire écho à celui de Jessica et Yohann et sur cette prise de conscience qui a tout changé dans votre vie. Pendant plus de 30 années, j'ai cru que je n'étais pas physionomiste.
Quand j'étais petite, j'avais toujours l'impréhension de ne pas réussir à reconnaître des membres de ma famille que je n'avais pas vu depuis des mois, par exemple. Je me sentais également en décalage avec mes amis lorsqu'il fallait regarder des photos un peu plus anciennes. Suivre des films ou des séries était compliqué pour moi.
Heureusement j'ai développé tout un tas d'astuces, de manière inconsciente, pour me rendre la vie plus facile. J'ai vécu comme cela pendant des années, en me disant que je n'étais juste pas physionomiste. Jusqu'au jour où pendant un speed meeting, je n'ai pas reconnu une personne 5 minutes après lui avoir parlé pendant une dizaine de minutes, je me suis dit que c'était peut-être un peu plus qu'un manque de physionomie.
Et c'est là que j'ai pris connaissance de la prosopagnosie. Ça m'a permis de comprendre beaucoup de choses et d'être beaucoup plus sereine. Roxane, mais là, je me disais quand je vous voyais regarder ces images, quand vous les voyez ces images, vous reconnaissez-vous Roxane ? Oui, moi je me reconnais avec les lunettes, justement mes lunettes et la tenue vestimentaire, mais pas forcément le visage.
D'accord, je les ai choisies, je me reconnais. Et puis vos souvenirs, parce que du coup là vous en rappelez. Ah oui, après ça ne m'empêche pas d'avoir des souvenirs quand j'associe l'identité. À quelque chose, mes souvenirs sont très présents, même très précis. Pour le coup, je peux très bien citer des choses, des petits détails et des endroits précis.
C'est vraiment que me remémoriser un visage dans ma tête ou dans la rue, c'est ça qui est compliqué. C'est pas tout le reste de ma mémoire et je pense même très développé justement grâce à la prosopagnosie. Yoann nous disait que Yoann pratique le métier de photographe. Vous, faites quoi dans la vie Roxane ?
J'ai un métier un peu atypique. Je fais des ateliers, des animations sur toute la France autour des accords bière et/ou fromage. Bière de l'entrée au dessert et pareil sur la partie fromagère. Je fais également juge sur des concours. C'est-à-dire qu'en gros, vous ne rencontrez que des inconnus tout le temps ?
Oui. Dans le cadre professionnel, quand j'ai des rendez-vous, je sais que je vais revoir ces personnes-là. Il n'y a pas de problème. Par contre, il faut que j'arrive revenir au rendez-vous. Donc généralement quand je cale un rendez-vous à 14h, j'arrive toujours un quart d'heure avant. Comme ça, c'est la personne qui va venir vers moi et pas l'inverse.
Et aujourd'hui, pour éviter ce moment où on arrive dans un restaurant et puis on regarde partout et on se dit je ne sais absolument pas avec qui j'ai rendez-vous, mais je devrais savoir. Et je regarde sur LinkedIn aussi. LinkedIn, les réseaux sociaux, c'est parfait pour regarder la tête des gens. Vous arrivez en avance et vous, votre truc, c'était d'arriver en retard, comme ça, tout le monde était déjà installé au boulot.
Ça a été quoi le déclic pour commencer à vraiment vous interroger ? Un speed meeting ? Quand on rencontre des gens qui sont des freelances et qu'on doit rencontrer dans le cadre professionnel, on rencontre beaucoup, de gens. Des fois, c'est des centaines de personnes au même endroit. Il y a un avantage dans les salons professionnels, les gens portent souvent des étiquettes ou des porte-cartes, mais des fois, ça ne suffit pas parce qu'ils ont oublié de le mettre ou des choses comme ça.
Et là, c'est un peu générateur de stress, puisqu'on ne sait pas forcément qui c'est qu'on va voir, on n'a pas forcément le trombinoscope avant. Ce qui m'aide pas mal, et ce que j'ai conscientisé avec le test, c'est quand les gens vous reconnaissent, ils soulèvent un peu les sourcils, ils font un petit sourire, et ça me permet de dire que la personne me connaît, Du coup, je vais vers elle, et là, je mets en place des stratégies comme lui demander : "On se connaît d'où", des choses comme ça, pour que tout rentre dans l'ordre, finalement. D'accord, OK. Le sourire avec les visages, ça n'a rien à voir avec ne pas se souvenir des prénoms.
C'est vraiment deux choses différentes. C'est deux circuits différents. Le circuit de la reconnaissance du visage, un autre circuit par rapport aux nom, prénom et mémoire. Qui vous a diagnostiqué au bout de combien de temps ? Moi, toute seule, j'ai pas été. Je n'ai pas pris de rendez-vous chez un spécialiste ou quoi que ce soit, dans la mesure où, finalement, je ne le vis pas.
Moi, ça ne me génère pas une anxiété maximale au quotidien. Et il n'y a pas forcément quelque chose qui. On ne peut pas le soigner. On ne fait pas le choix de ne pas le soigner. On ne peut pas. En tout cas, aujourd'hui, si je comprends bien, il n'y a pas de traitement qui existe quand c'est inné. Donc j'ai fait le choix de ne pas le faire, mais grâce aux témoignages, grâce aux autodiagnostics.
Vous avez fait le test de Yon notamment ? Oui, j'étais high level. Après, j'en ai fait d'autres aussi pour confirmer, même si. On parle beaucoup d'angoisse et d'anxiété. On a vu les choses positives que nos invités peuvent développer, leur hyper-adaptabilité, mais c'est quoi les conséquences négatives que ça peut avoir ?
A quel prix toutes ces ressources d'adaptation sont mises en marche ? Déjà au prix d'une fatigue et d'une charge mentale décuplée. Evidemment, ça s'entraîne et au fur et à mesure du temps, vous avez économisé de l'énergie, mais c'est toujours plus coûteux que quelqu'un qui Chez qui ça va se faire automatiquement?
? Et puis, il y a ce sentiment effectivement d'être un peu comme en hypervigilance. Faut toujours être très attentif, toujours tout détecter, toujours vérifier. Est-ce qu'on est-ce que c'est vrai, est-ce que c'est, est-ce que je me trompe pas? ? Donc ça aussi, ça, c'est un stress qui va s'imposer à notre mental et qui peut être pourvoyeur d'une anxiété, d'une anticipation, d'une appréhension.
On va se mettre à se dire "Ah bah je vais peut-être pas y aller parce que finalement je suis fatigué, je vais, je vais renoncer." Il y a des. On lâche certaines choses. Et puis quelque chose aussi qui est beaucoup lié à ce que vous avez dit, c'est la culpabilité, c'est le poids émotionnel. C'est un peu la double peine.
J'ai quelque chose qui me demande en plus un effort d'adaptation et en plus, je me dis que c'est de ma faute. Je me dis que je suis pas à la hauteur, que je suis pas comme il faut, que je suis nul. C'est une peine aussi émotionnelle, d'où l'importance de reconnaître. A ce moment-là, on pose un mot, on dit "vous n'êtes pas fautif".
C'est extrêmement important. Vous êtes très nombreux même. Ça vous parle cette notion de charge mentale ? C'est une charge mentale en plus ? Oui, totalement. Ce qui me pèse, c'est vraiment la charge mentale de se dire on sort de chez soi et là il faut se câbler pour pouvoir mettre le processeur en marche et y réfléchir.
Après, des fois, quand j'ai pas envie de m'embêter ou je suis fatiguée, je fais style d'être dans mes pensées, comme ça au moins, si je suis un peu dans mes pensées ou que je parais l'être, les gens peuvent m'interpeller, je dis "oui, excusez-moi, j'étais dans mes pensées". C'est une technique. Ca, ça marche bien. Il y a des gens qui ne vous croient pas ?
Oui, c'est déjà arrivé que des gens ne me croient pas. C'est très rare, car les gens sont doués d'empathie dans la vie en général. Après, c'est la minorisation, le fait d'être minorisé. C'est-à-dire "Moi aussi." Je dis "Moi, c'est tout le temps, au quotidien, chaque jour." Les gens vous disent "Ca m'est déjà arrivé 2-3 fois, entre 2-3 fois en 50 ans de vie."
Et moi, à 35 ans, où c'est comme ça tout le temps, tout le temps, oui, le fait de pas forcément être cru ou que ce soit un peu minorisé, bah c'est ça, c'est oui, c'est quand même un peu embêtant. Et justement, c'est pour ça que c'est bien d'en parler au plus grand nombre, pour que les gens se rendent compte qu'en fait, mais quand on est hyper fatigué, donc on a la on n'a pas le courage de ces exercices de reconnaissance là, ça peut, quand on est vraiment presque voilà au bout de ses forces, ça peut arriver.
Ça peut faire naître des angoisses, des moments de panique ? Jessica, je vous vois dire oui. Moi, c'est à l'école, j'ai encore cours là et en fin de journée, quand je suis fatiguée de toujours essayer de reconnaître mes amis, je mets mes écouteurs et je sors, je ne parle plus, je suis dans ma petite bulle, je m'enferme un peu.
Et vous, Roxane ? Non, ça ne m'arrive pas. J'ai du mal toujours à comprendre ce truc de régularité. S'il y a une personne, par exemple dans un amphi, vous me dites avec mes copains, vous savez que Sophie est là. Elle sort. Si Sophie. Est-ce qu'une fois que Sophie est reconnue, elle est reconnue jusqu'à la prochaine fois où vous allez la croiser ?
Est-ce qu'elle est reconnue pour la journée ou elle est reconnue jusqu'à ce qu'elle sorte de la pièce et qu'elle revienne ? Elle est farfelue ? Non, je la comprends. Je pense qu'elle n'a pas pris une nouvelle veste. Je la reconnais pour la journée. D'accord. Et vous, Roxane ? Pas du tout. Il n'y a pas un côté "check, toi, je t'ai pour la journée" ?
Je ne me suis pas concentrée. Il n'y a pas longtemps, j'ai fait une matinale avec plusieurs chefs d'entreprise. J'étais un peu fatiguée. C'était tôt le matin et j'ai dit bonjour deux fois à la même personne en moins d'une minute. Ce matin-là, je ne m'étais pas câblée pour me dire s'il y a telle ou telle personne à cette matinale-là.
en l'espace de moins d'une minute, il n'avait pas changé de tenue. Je ne l'ai pas reconnu. Donc l'exercice est à reproduire plusieurs fois dans la journée. C'est-à-dire limite, il y a des mises à jour de reconnaissance à faire. Yoann ? Oui. Si on a reconnu une personne, on l'a identifiée, mais on l'a identifiée avec spécifiquement une veste, un bijou et puis son air jovial.
Si la personne, elle sort de la pièce, elle met une autre veste, et elle apprend une mauvaise nouvelle au téléphone et elle re-rentre dans la pièce en étant triste, ça deviendra une autre personne parce que notre cerveau, comme il ne peut pas utiliser le visage pour te dire tiens, c'est la même et qu'il utilise des indices secondaires, il se rend compte qu'il n'y a plus la même énergie, il n'y a plus la même émotion que la personne que tu avais remarqué.
Alors Aurélie, vous on le disait depuis tout à l'heure, vous avez un autre trouble qui est lié au vôtre, c'est celui du trouble autistique. Racontez-moi un petit peu votre parcours. Est-ce que ça. Vous avez d'abord détecté l'autisme et après, la pronopagn. prosopagnosie. J'ai réussi à m'en dépatouiller de façon maligne depuis tout à l'heure.
Il fallait que ça aille. Prosopagnosie, pardon. Alors, j'ai commencé à enquêter déjà sur le TDAH, le trouble de l'attention. pour comprendre mon fils qui avait été diagnostiqué. Et en me cultivant sur le sujet, je suis petit à petit. J'ai petit à petit bifurqué sur le TSA et je me suis reconnue dans les traits du TSA.
Et donc, après, quand j'ai eu mon diagnostic, pour faire court, j'ai beaucoup lu sur le TSA et il y avait un chapitre sur la prosopagnosie, et c'est là où je me suis reconnue. Voilà, ça va souvent de pair. Est-ce qu'il y a des comorbidités ? Alors oui, tout à fait. Alors c'est subtil parce que on parle des troubles du spectre autistique qui est un trouble assez large et on a remarqué qu'effectivement, chez les personnes étant diagnostiquées TSA, on peut avoir jusqu'à 30% d'associations à la prosopagnosie.
Et chez les personnes qui ont des troubles de l'attention, on manque encore de données, mais les indices qu'on aurait indiqueraient qu'il y aurait aussi cette association. Sauf que c'est plus subtil parce que chez quelqu'un qui a un trouble de l'attention, on a du mal à discerner l'œuf ou la poule. C'est à dire que comme on est inattentif, est-ce que c'est le repérage du visage qui est difficile ou est-ce que c'est cet encodage constant qui ne se fait pas ?
Mais ce que l'on sait, c'est que en fait, ça pourrait rentrer finalement dans les troubles neurodéveloppementaux. On va retrouver aussi la dyslexie, certaines difficultés motrices, plutôt l'aborder d'une manière plus transverse. D'accord. Votre fils, il a ce trouble-ci ? Eh bien, je me pose des questions, justement. Il a du mal à reconnaître ses camarades qu'il ne côtoie pas trop au quotidien sur la photo de classe.
Il va oublier de me dire. Il va oublier les prénoms de ses camarades de classe à la fin de l'année, alors qu'il a passé l'année avec eux. Aujourd'hui, c'est quoi, vos stratagèmes pour vous dépatouiller avec ces troubles ? Avec ces troubles, eh bien, ça dépend de. S'il y a de la prévisibilité ou pas. Donc si c'est prévisible, je vais anticiper, je vais scripter, je vais prendre un maximum d'informations pour être rassurée. Si c'est imprévisible, c'est un petit peu plus compliqué.
Là, par exemple, je gère pas forcément les questions que vous posez, je gère pas forcément si vous sentez. Là, c'est un peu plus compliqué pour moi, oui. Par exemple, pour une émission comme ça, comment vous préparez ? Vous avez fait quoi pour vous préparer à aujourd'hui ? J'étais dans le déniche, je crois.
Je pensais que la veille, j'allais m'entraîner un maximum, mais en fait, j'ai tout fait sauf ça et je me suis dit : "Je serai nature. Je serai comme je suis et tant pis." Et c'est souffrance ou ça va ? Comment ? C'est un peu souffrance de parler de tout ça ? Moi, je trouve que vous gérez super bien. Vous sentez comment, là, sur le plateau ?
Je me sens fière, mais en même temps, j'ai peur du jugement. Mais je me dis que d'autres personnes vont se reconnaître. Et puis si ça peut aider, tant mieux. D'autant qu'avant mon diagnostic de TSA, j'avais vu une émission de " Ça commence aujourd'hui" et ça m'avait aidé à aller sur la piste du TSA. J'ai toujours mes notes.
C'est vrai. C'est le 2 avril 2022. Ca me fait hyper plaisir, c'est tout le sens de cette émission. Il y a peut-être des gens qui vont nous dire : "C'est une réponse, une piste de réflexion." C'est toute notre raison d'être. J'ai l'impression que la boucle est bouclée et que je rends la pareille en venant ici pour dire merci aussi.
Ca nous touche beaucoup. Vous me dites que vous avez peur du jugement ? Parce qu'il y en a, du jugement. Qu'est-ce qu'on dit de vous ? "Tu es trop, "tu es pas assez." Jamais adéquate, en réalité. Toujours à côté du moment. C'est ça, et de voir que les autres s'en sortaient facilement, sans effort visible.
"Il y a un truc qu'ils ont compris et pas moi." Vous faites quoi dans la vie ? J'ai été prof pendant 16 ans. Prof de quoi ? Anglais. Les élèves, comment vous les reconnaissiez ? Plan de classe. Pareil, je pensais que tous les profs faisaient leur plan de classe parce qu'ils étaient organisés. Ils le savaient, vos élèves, ils auraient pu essayer de vous arnaquer en changeant de place.
Non, enfin. C'était bien régi, je fonctionnais en îlots, donc j'avais les noms de chacun. Je ne pense pas qu'ils avaient détecté quoi que ce soit par rapport à ça, mais par contre, j'ai pu, oui, confondre des enfants, nommer untel d'un autre prénom, et je mettais beaucoup de temps à enregistrer mes listes de classe par rapport aux têtes des élèves.
Il faut faire l'appel tous les jours. C'est super, l'appel. Aujourd'hui, vous faites quoi ? J'accompagne des enfants à besoins particuliers. Donc je rencontre des élèves qui ont parfois le même profil que le mien et j'aide des enseignants à mettre en place des stratégies pour aménager dans leur classe des choses qui permettent aux enfants d'être inclus.
Quel genre de maman vous êtes ? Vous êtes maman ? Oui, j'ai trois garçons. Vous me parliez de votre fils tout à l'heure. Quel genre de maman vous êtes ? Je suis très protectrice, très fusionnelle avec eux. J'anticipe beaucoup ce qu'ils peuvent ressentir. Enfin, je les fais beaucoup formuler leurs émotions parce que moi-même j'ai pas eu l'impression d'avoir eu cette opportunité quand j'étais enfant.
Et du coup, maintenant, je suis super fière parce que mon petit dernier, il est-il est capable à 12 ans de parler de ses émotions de manière claire, de revenir sur des événements et ça me rend super fière. Qu'est-ce que vous voulez qu'on retienne de tout ce qu'on s'est dit ? Est-ce qu'il y a quelque chose qu'on n'a pas dit, selon vous, et qu'il faudrait dire pour ceux qui nous regardent ?
Eh bien, que c'est pas un manque d'efforts, que c'est quelque chose qui est malgré nous, que nous ne faisons pas ça pour blesser les gens, parce que c'est vraiment la première inquiétude qu'on a. Pour moi, en tout cas, j'ai tout le temps peur Oui, de décevoir quelqu'un parce qu'il pense que je l'ai ignoré ou que je l'ai snobé, ou voilà de passer pour hautaine.
Et voilà. C'est quoi ce pin's que vous arborez ? Il est beau, ? Ouais, très beau. C'est le pin's de votre association ? C'est le logo de l'association de prosopagnosie qu'on a appelé l'association prosopagnosie de langue française, parce qu'on avait très peur de faire de la concurrence à l'a. FP, donc on a rajouté 1l. Et c'est une association qui a seulement six mois.
Ouais. Et alors, attendez, il y a Brad Pitt, je crois, qui est-il est prosopagnosique. Il fait partie de l'asso ? Non, alors. Non, parce qu'il n'est pas en langue française. Je comptais lui envoyer. Elle a dit vous, en revanche, elle peut. Et Tomer Sisley également, je crois. On attendait Brad Pitt. Ouais, bah oui, je sais. On l'attend, Brad. Il était à Paris il y a pas si longtemps que ça.
Pour moi, c'est important, en fait, qu'on puisse parler de la prosopagnosie sous un jour positif. Et le jour positif, par exemple, c'est d'avoir quelque chose de joli. Si on parle de la prosopagnosie via l'art, que ça soit le théâtre, le cinéma, la photo, c'est plus facile pour les gens de se dire "Ah mais moi aussi, je fonctionne un peu pareil." Ce ne sera pas dévalorisant.
C'est ça, il ne faut pas dévaloriser pour les gens qui n'en parlent pas parce que c'est une tare, C'est à eux qu'il faut montrer que il y a derrière cette difficulté des compensations qui peuvent être hyper belles. Et ben, on va terminer là-dessus. J'adore cette conclusion. Merci beaucoup à tous les 4 en tout cas pour toutes ces explications, de nous avoir tout expliqué, de vous être mis un petit peu en danger aussi.
Merci infiniment. J'ai été, voilà, j'ai beaucoup apprécié, j'ai beaucoup appris de choses et je regarderai des personnes avec un regard un petit peu différent si je vois qu'ils ont en effet cette ce petit handicap là. Merci d'être fidèle à France 2 à Ça commence aujourd'hui, je vous embrasse très fort.
Passez une belle après 12h00, on se retrouve pour le podcast de Ça commence aujourd'hui. Vous nous suivez, vous commentez, on ne se quitte jamais. Je vous embrasse à demain.