Fondation Pernod Ricard

S'inspirer, respirer // Une relance de l’imagination politique est-elle possible ?

Freitag, 18. Februar 2022 · 1 h 04

MP3

Shownotes

La Fondation Pernod Ricard accueillait, jeudi 3 février, Camille de Toledo, écrivain et auteur du "Fleuve qui voulait écrire, les auditions de parlement de Loire" (Manuella Editions, Liens qui libèrent), "Thésée, sa vie nouvelle" (Verdier).

" Comme l’y invite l’écrivain et penseur Camille de Toledo, « il faut nous mettre à l’écoute des savoirs qui ont émergé au cours d’une saison nouvelle des sciences de la nature », pour pointer dans notre époque quelque chose qui a à voir avec un « horizon indien de la modernité ». Ce que le monde de la pensée le plus stimulant aujourd’hui nous dit, c’est combien nous sommes les héritiers d’un XXème siècle qui a « effroyablement nié les liens aux lieux », à la nature, au monde sauvage…, au nom de grands schémas politiques désormais dépassés. Notre époque, n’en déplaise aux politiciens bas du front qui saturent le débat public, exige de l’imagination. Ce que notre nouveau siècle demande, c’est une scène politique reconfigurée ; une autre scène pour la politique et la loi, afin que chacun prenne connaissance de ce que Camille de Toledo appelle un « soulèvement légal terrestre en cours ». Dans une expérience politique et intellectuelle passionnante, déclinée récemment en livre, Le fleuve qui voulait écrire, les auditions du Parlement de Loire, l’auteur, entouré de nombreux penseurs, a cherché à se mettre à l’écoute d’un fleuve, la Loire, afin d’imaginer comment des écosystèmes, des vies animales, végétales, peuvent accéder au statut de « personnes juridiques ». Ce qui existe déjà dans d’autres pays (Nouvelle-Zélande, Canada, Equateur…). L’enjeu est bien de dépasser la vieille partition entre sujets humains et objets non humains, afin de créer une nouvelle ontologie, où des rivières, lacs, océans, forêts, espèces animales, végétales, pourront plaider leurs causes et écrire avec nous les termes de la vie commune.

Ce nouveau dessin institutionnel, cette façon d’inventer une autre science politique – une science éco politique –, où les entités naturelles feront petit à petit leur entrée dans nos tribunaux et nos assemblées pour affirmer leurs droits, de nombreux auteurs y travaillent aujourd’hui, comme le rappelaient à la Biennale de Lyon en 2019 des penseurs filmés par Aliocha Imhoff et Kantuta Quiros dans une vidéo intitulée “Et que demandent-ils ? À y devenir quelque chose”. Que se passerait-il si au terme d’une révolution écologique, ceux qui « conjuguent les verbes en silence » – les plantes, les animaux, les forêts – ceux qui agissent sur nous autant que nous agissons sur eux entraient à leur tour, officiellement, en politique ? Ce travail invitait à une remise à plat des politiques et poétiques énonciatives. Comme si les Etats Généraux de 1789 se trouvaient aujourd’hui actualisés, non plus seulement contre les privilèges, mais pour un accueil de tous les êtres qui habitent le monde.

Imaginer d’autres récits, des récits non utopiques, mais « topiques, qui partent des lieux et reviennent aux lieux », inventer d’autres formes d’assemblées, relancer l’imagination politique : et si l’enjeu des élections présidentielles se jouait dans ce geste-là, à la marge des récits dominants ?"

0:00 / 0:00