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Shownotes
Le 22 juillet 1827, dans l’église de Brangues, en Isère, Antoine Berthet se place derrière une femme. Il connaît sa famille, sa maison, ses enfants. Pendant plusieurs mois, il a vécu sous son toit pour leur donner des leçons.
Ce dimanche, il ne vient pas enseigner.
Il porte deux pistolets.
Au moment de la communion, il tire sur madame Michoud. Puis il retourne une autre arme contre lui.
Tous deux survivent. Pourtant, quelques mois plus tard, Berthet montera sur l’échafaud. Et cette affaire de village donnera à Stendhal une partie de la matière d’un des plus grands romans français : Le Rouge et le Noir.
Antoine Berthet naît en 1801. Son père, maréchal-ferrant et charron, possède une maison et une forge. La famille vit modestement du travail de ses mains.
Mais Antoine se distingue par ses capacités intellectuelles. Le curé du village remarque son intelligence et favorise son entrée au petit séminaire de Grenoble, en 1819.
Pour un fils d’artisan, les études religieuses peuvent ouvrir un avenir différent. Elles offrent une instruction, des relations, la perspective d’une position respectée.
Berthet semble avoir trouvé sa voie. Jusqu’à ce qu’une maladie interrompe ses études, en 1822. Il retourne à Brangues. Ses supérieurs lui reprochent aussi, selon l’histoire locale, des lectures contraires aux bonnes mœurs. Son parcours religieux s’arrête provisoirement.
Il lui reste son instruction. Elle lui permet d’entrer chez les Michoud comme précepteur.
Voilà Antoine installé dans une maison aisée, chargé d’éduquer les enfants. Il fréquente quotidiennement un milieu auquel sa naissance ne le destinait pas.
Cette situation porte déjà une tension : le précepteur connaît les livres, partage l’intimité familiale, mais demeure un employé. Il appartient à la maison sans appartenir tout à fait au même monde.
Madame Michoud l’accueille avec bienveillance. Antoine s’éprend d’elle.
Une liaison commence-t-elle ? Les récits l’affirment souvent. Pourtant, la réalité de cette relation reste incertaine. Berthet revendiquera un amour partagé ; nous ne pouvons pas considérer sa version comme une preuve.
Cette distinction compte. Derrière le personnage qu’inventera Stendhal, il existe une femme réelle dont nous connaissons mal les sentiments.
En novembre 1823, Antoine quitte les Michoud. Il tente de reprendre une formation religieuse, passe par Belley, puis Grenoble. Ses essais n’aboutissent pas.
Une nouvelle possibilité apparaît : une place de précepteur chez le comte de Cordon.
Cette fois, c’est avec Henriette, la fille du comte, qu’il se rapproche. Les récits de l’affaire évoquent un projet de mariage, contrarié par une intervention de madame Michoud.
Au printemps 1827, Berthet est congédié.
Il trouve ensuite du travail chez un notaire. Son existence n’est donc pas matériellement sans issue. Mais il attribue ses revers à son ancienne employeuse.
Dans son esprit, elle serait celle qui détruit ses perspectives, celle dont l’influence le poursuit d’une maison à l’autre. La jalousie et le ressentiment se concentrent sur elle.
Cette conviction lui appartient. Elle ne prouve pas qu’une persécution ait existé.
Elle prépare, en revanche, sa vengeance.
Le dimanche 22 juillet, il vient armé à Brangues. L’ancien séminariste choisit l’église pour attaquer la femme qu’il tient responsable de ses échecs.
Madame Michoud est grièvement blessée. Berthet échoue également à se tuer.
Arrêté, il est emprisonné, puis transféré à Grenoble.
L’affaire rassemble tous les ingrédients d’un scandale : un jeune homme instruit, une famille respectable, des relations sentimentales contestées et une attaque pendant la messe. La presse judiciaire s’en empare.
En décembre 1827, la cour d’assises de l’Isère le condamne à mort. Le 23 février 1828, il est guillotiné à Grenoble...
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