Le Grand Récital - Le Podcast· Staffel 2· Folge 1

Grigory Sokolov : Romantiques, autrement !

Mittwoch, 28. Oktober 2026 · 25 min

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Shownotes

Que signifie vraiment « être romantique » en musique ?

À l’occasion du Grand Récital de Grigory Sokolov, Thierry Weber et la pianiste Floriane Bourreau explorent deux œuvres monumentales : la dernière Sonate de Franz Schubert et la Troisième Sonate de Johannes Brahms.
À travers quelques extraits joués et commentés, ils nous invitent à écouter autrement ces deux univers : le temps qui s’étire, les mélodies qui se transforment, le souvenir, les contrastes, l’énergie presque orchestrale du piano…

Deux compositeurs, deux générations, deux visages du romantisme — et quelques clés pour entrer pleinement dans l’expérience du concert.

Avec :
Thierry Weber — direction artistique, écriture et narration
Floriane Bourreau — piano et expériences d’écoute
Jean-Christophe de Vries — Le Grand Récital
Brigitte Berges — voix
Nicolas Ziliotto — création sonore
Axel Lussiez — prise de son, montage et mixage

Une création originale de ParteMus pour Le Grand Récital.

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Le Grand Récital. De grands interprètes, des publics, une écoute partagée, une série de concerts dédiés au piano à Lausanne. Ce podcast trace un chemin pour entrer au cœur du concert et approcher la musique autrement. Ce que vous allez entendre ici, c'est une traversée sensible entre paroles, musique et regards partagés. Avant les œuvres, avant même les notes, la parole revient à celui qui a rêvé ce grand récital, Jean-Christophe De Vries.

L'idée fondatrice du Grand Récital, c'est de créer des rencontres, humaines et musicales, entre les publics et les artistes, avec les œuvres, entre les générations, entre les gens tout simplement. On veut que chez nous, chacune et chacun puisse être elle-même, lui-même, comme elle est, comme il a envie d'être, pour partager ensemble cette musique merveilleuse. Ça pourrait paraître évident, mais en fait c'est ça qui différencie le Grand Récital des autres séries de cette envergure. Sans parler du fait qu'on invite les plus grands artistes du monde, mais toujours dans cette atmosphère intime, humaine, simple. C'est aussi pour ça qu'on fait ce podcast, pour mettre tout le monde à l'aise, pour que tout le monde soit au même niveau et que chacune et chacun se sente à sa place.

Être romantique, aujourd'hui, qu'est-ce que cela veut dire ? Offrir des fleurs, préparer un dîner aux chandelles, déclarer sa flamme sous un clair de lune avec quelques violons en arrière-plan ? C'est vrai que nous avons parfois réduit le romantisme à une jolie histoire d'amour. Mais revenons deux siècles en arrière à l'époque de Franz Schubert.

Pour les artistes romantiques, il ne s'agit pas seulement d'être amoureux. Être romantique, c'est donner une place immense à l'imagination, aux rêves, aux désirs, aux souvenirs, et à toutes ces émotions parfois contradictoires qui nous habitent. Une des grandes aventures de la musique romantique, faire entendre ce que chacun pourra vivre à sa manière.

Et c'est précisément ce que nous allons vous proposer avec Floriane au piano aujourd'hui. Bonjour Floriane. Bonjour Thierry. Pour son prochain grand récital. Grigori Sokolov réunit deux sonates monumentales, deux œuvres du romantisme composées à deux moments très différents de la vie de Franz Schubert et de Johannes Brahms.

Deux compositeurs, deux sensibilités et près d'une heure et demie de musique pour un seul piano. Alors, commençons par la dernière sonate de Franz Schubert. Avez-vous entendu ce frémissement dans le grave ? Quelques notes suffisent à troubler la sérénité de la mélodie. Le revoilà, et cette fois, semble nous ouvrir la porte vers un tout autre paysage.

Elodie flotte, elle est la même. Pourtant, elle semble nous raconter autre chose. Floriane, tu viens de nous faire entendre la mélodie de ce premier mouvement de sonate trois fois de suite. Et j'ai cette impression qu'elle s'est présentée à nous à chaque fois différemment. Mais comment Schubert fait-il ça ?

D'abord, il y a cette idée musicale, une mélodie simple, épurée. Et à chaque fois qu'elle revient... Schubert change l'accompagnement. Au début, la mélodie est paisible, contemplative. Son accompagnement avance tranquillement en dessous. Puis Schubert va modifier l'accompagnement pour donner à la même mélodie davantage de mouvements et une couleur un peu différente.

La mélodie s'anime, elle devient plus aventureuse. Lors de la troisième apparition, Schubert amène l'auditeur dans un univers encore plus rayonnant, plus chatoyant. La mélodie devient radieuse, passionnée. Ce qui est particulier, c'est que nous retrouvons une mélodie familière, mais qu'elle éveille chaque fois autre chose.

Avec les mêmes notes, on plonge dans la sérénité contemplative, on part à l'aventure ou on s'abandonne à l'éclat de la passion. Oui, c'est comme un paysage qu'on reverrait à différentes heures du jour. Rien n'a bougé et pourtant tout est différent. Et nous retrouvons justement ce romantisme dont nous parlions au début, celui qui explore les émotions, les rêves, les contradictions, tout ce qui se passe en nous et que les mots ne suffisent pas toujours à exprimer.

Et Schubert vient de nous faire vivre tout cela à partir d'une seule idée musicale. Mais il reste un détail que nous n'avons pas encore élucidé, ce petit frémissement là dans le grave que nous avons entendu deux fois. Écoute justement ce qui se passe lorsqu'il revient la deuxième fois. Ce qui nous semblait un peu étrange au début, nous entraîne finalement vers un nouvel univers musical.

comme s'il nous avait discrètement ouvert la porte vers un autre paysage. Ce que nous venons de vivre en quelques mesures, Schubert va nous le faire traverser à l'échelle d'une œuvre immense. Cette sonate dure près de trois quarts d'heure et se déploie en quatre mouvements, quatre grands chapitres, chacun avec son caractère, son énergie et sa manière de faire avancer la musique.

Et c'est justement ce que l'on entend dans le deuxième mouvement, une mélodie assez simple et très loin en dessous, des notes graves qui résonnent. Musique de générique Il y a quelque chose d'étrange dans cette musique. Il y a ce recueillement et en même temps on a presque l'impression que le temps s'est arrêté.

Et en même temps, quelque chose ne cesse de bouger dans le piano. Floriane, peux-tu s'il te plaît nous faire entendre ce qui se passe sous la mélodie ? Les notes passent d'un registre à l'autre. Et il y a ce mouvement régulier qui continue alors que la mélodie semble prendre tout son temps. Avec ces deux éléments, on pourrait presque croire qu'ils ne vivent pas au même rythme.

C'est bien là toute la subtilité, il faut les faire exister ensemble. De plus, la main gauche passe sans cesse par-dessus la main droite afin d'envelopper la mélodie. Comme si nous entendions deux expériences du temps dans une seule musique. Il y a celui qui passe, que nous pouvons compter, mesurer, et celui que nous ressentons intérieurement, qui s'étire, qui contemple.

Schubert fait cohabiter ces deux sensations. D'ailleurs, le jour du concert, au grand récital, je vous propose cette petite expérience. Essayez d'abord de suivre l'accompagnement, ce mouvement qui traverse le clavier, puis laissez votre attention rejoindre la mélodie. Vous découvrirez que la mélodie est un peu plus simple que la musique.

peut-être deux manières de vivre le temps réunis dans une seule phrase musicale. Et là encore, nous retrouvons quelque chose de profondément romantique. Le temps n'est plus seulement celui que l'on peut compter ou mesurer, il devient aussi celui que chacun éprouve intérieurement. Mais le romantisme, ce n'est pas seulement la contemplation, le doute ou la mélancolie.

Il peut aussi être vif, léger, plein de mouvements ce romantisme. Et c'est justement le visage que Schubert nous montre dans son Scherzo, le troisième mouvement. On a presque l'impression que la musique effleure le clavier. Schubert écrit d'ailleurs « con delicatesa » avec délicatesse. Et c'est exactement ce que l'on entend.

Quelque chose de vif, léger, presque insaisissable, mais avec délicatesse. Un troisième mouvement bref, presque un éclair, avant le dernier chapitre de cette immense sonate. Et plutôt que d'en écouter le début, je vous propose d'aller directement vers ces toutes dernières pages. Parce qu'il s'y passe quelque chose d'étonnant.

La musique semble vouloir conclure, mais elle repart. Une fois, puis encore une autre. La mélodie principale se fragmente, les phrases deviennent plus courtes, des silences apparaissent. On l'entend très clairement, la musique s'arrête, hésite, repart, puis soudain tout s'accélère et en quelques secondes, cette immense sonate s'achève.

Et pourtant, Schubert ne pense pas écrire une œuvre d'adieu. Il a 31 ans, compose énormément, fait des projets, cherche à publier sa musique. On en a même une trace. Le 2 octobre 1828, il écrit à un éditeur pour lui annoncer ses trois nouvelles sonates. Il précise même qu'il les a déjà jouées et qu'elles ont été très bien accueillies.

Mais quelques semaines plus tard, le 19 novembre... Schubert meurt. Ces trois sonates ne seront publiées qu'une dizaine d'années après sa mort. Et il y a un détail assez particulier. Schubert voulait les dédier au compositeur et pianiste Johann Hummel. Mais lorsqu'elles paraissent finalement, les éditeurs choisissent un autre nom, Robert Schumann.

Gardons ce nom quelque part dans un coin de notre tête parce que nous allons bientôt le retrouver. 14 ans passent, nous sommes à Düsseldorf. En 1853, un jeune musicien de 20 ans frappe à la porte de Robert et Clara Schumann. Il s'appelle Johannes Brahms. Il s'installe au piano et joue. Et Schumann comprend très vite qu'il se passe quelque chose.

Quelques semaines plus tard, il lui consacre un article enthousiaste. Lui qui est alors l'une des grandes figures de la vie musicale allemande, annonce en quelque sorte au monde musical, écoutez ce jeune homme, il va compter. Il n'a que 20 ans. 20 ans. Bye Et parmi les œuvres qui la portent avec lui, il y a justement la sonate que Grigori Sokolov jouera au grand récital.

Et lorsqu'on la place à côté de celle de Schubert, il y a quelque chose d'assez vertigineux. Nous venons d'entendre la dernière sonate d'un compositeur de 31 ans, écrite quelques semaines avant sa mort. Et voici maintenant la dernière sonate d'un jeune homme de 20 ans. 25 ans séparent donc ces deux œuvres.

Même grande forme, même instrument, mais déjà un tout autre monde. Alors, écoutons comment à 20. Brams décide d'entrer dans cette grande forme parce qu'il ne le fait pas vraiment discrètement. Et voilà, après Schubert, le changement de monde est immédiat. Avec Brahms, dès les premières secondes, le piano semble vouloir devenir beaucoup plus grand que lui-même.

Et Floriane, qu'est-ce qui nous donne ces impressions ? D'abord, la manière dont Brahms utilise le piano. Ses premières notes puissantes occupent tout l'espace du clavier. Puis, il joue sur les extrêmes. Les graves sont de plus en plus graves. Et les aigus ? de plus en plus aiguë. Il y a aussi le caractère.

Brahms écrit maestoso, majestueux. Et quand tout est ensemble, cela donne cette ouverture intense et magistrale. Bon, alors je dois vous faire une confidence, je suis juste à côté du piano. Et moi j'ai l'impression d'entendre tout un orchestre ! En utilisant le piano pour sa puissance, sa profondeur, toute la masse sonore qu'il peut produire, on pourrait effectivement imaginer un orchestre.

Et nous ne sommes pas les premiers à avoir cette impression. Schumann parlera justement de sonate, ou plutôt de symphonie voilée, comme si derrière le piano, il entendait déjà tout un orchestre. Mais cette sonate ne reste pas longtemps dans cette puissance. Au début du second mouvement, Brahms nous entraîne ailleurs.

Et cette fois, il nous donne même quelques mots. Avant que la musique ne commence, il inscrit en tête de la partition quelques vers. Le soir tombe, le clair de lune paraît, deux cœurs sont unis dans l'amour et s'enlacent heureux. Avec de tels mots, on ne saurait rêver plus romantique. C'est vrai, nous avions commencé en parlant de clair de lune, d'amour et de tous ces clichés que nous associons parfois aux mots romantiques.

Et nous voilà en plein dedans. Mais chez Brahms, ces quelques vers ne racontent pas vraiment une histoire. Ils installent plutôt... une atmosphère, une image, peut-être même un état intérieur. Et ensuite, c'est à la musique de prendre le relais. Petit frémissement là, on l'aurait pas déjà entendu quelque part.

Ce tri ? C'est comme chez Schubert. Oui mais avec une petite différence. Chez Schubert, le tri surgissait tout en bas du piano, comme un vrombissement sourd. Mais chez Brahms, le tri est directement dans la mélodie. En fait, c'est le même geste musical, mais pas du tout le même effet. Chez Schubert, il ouvre une sorte de faille et ici il ressemble davantage à un frémissement à l'intérieur même du chant.

Voilà, le même geste mais l'un suspend la ligne mélodique tandis que l'autre l'enrichit. Finalement, voilà encore une belle manière de comprendre le romantisme. Ce n'est pas un vocabulaire défait qui aurait toujours la même signification. Mais cette sonate de Brahms nous réserve encore une particularité.

Elle ne compte pas quatre mouvements, mais cinq. Après le grand premier mouvement et ses tendantes, vient un scherzo. Nous en avions déjà rencontré un chez Schubert, vif, léger, presque insaisissable. Chez Brahms, on retrouve l'élan de la danse, mais avec une énergie beaucoup plus puissante, presque physique.

Puis vient le quatrième mouvement. C'est un intermezzo qui porte un titre assez particulier, rucplique. Rugbic que l'on peut traduire par « regard en arrière » . Et Brahms nous invite réellement à regarder en arrière, parce qu'il reprend quelque chose que nous avons déjà entendu. Floriane, peux-tu nous faire réentendre le début du deuxième mouvement ?

Et maintenant, le début du quatrième ? On le reconnaît ? Effectivement. Brahms reprend le même matériau musical, une mélodie descendante. Mais il le transforme complètement. Dans ce mouvement, tout s'assombrit. La tonalité devient mineure avec un rythme marqué, implacable. La musique prend presque l'allure d'une marche funèbre.

Voilà donc ce que signifie ce ruckblick. Brahms ne nous fait pas simplement réentendre le passé, il nous montre ce que le temps en a fait. Et finalement, n'est-ce pas exactement ainsi que fonctionne un souvenir ? Puis vient le cinquième et dernier mouvement. Et pour le pianiste, ou la pianiste aussi, c'est une dernière épreuve.

Après. plus d'une demi-heure de musique. Brahms demande encore énormément de l'énergie, de la puissance, de la précision et surtout la capacité de tenir toute cette tension jusqu'au bout, non ? C'est tout le défi. Ces dernières lignes doivent avoir une allure conquérante, héroïque. Elles doivent sonner comme une victoire, pas comme un dernier effort.

Et généralement, lorsque l'interprète arrive au terme de cette sonate, on sent qu'il vient de traverser quelque chose. Alors plutôt que d'écouter tout le final, allons directement à ces dernières pages. Et lorsque l'on entend une fin d'une telle ampleur, il faut se rappeler une dernière chose. Brahms n'a que 20 ans.

Alors après avoir traversé ces deux œuvres, revenons à notre question du début. Qu'est-ce que cela veut dire être romantique ? Schubert et Brahms ne nous donnent évidemment pas la même réponse. Chez Schubert, nous avons rencontré le temps qui s'étire. Une mélodie qui change de visage, un trouble qui surgit presque imperceptiblement.

Chez Brahms, le piano prend parfois les dimensions d'un orchestre, les émotions deviennent plus vastes, plus contrastées, et même le souvenir peut revenir transformé. Deux univers très différents, finalement. Et pourtant, chez l'un comme chez l'autre, la musique nous ramène sans cesse à ce qui se passe en nous.

Nos émotions, nos souvenirs, notre perception du temps, nos élans, nos contradictions. Et c'est peut-être là que se trouve quelque chose de profondément romantique, dans cette capacité de la musique à ouvrir un espace intérieur, sans nous dire exactement ce que nous devons y ressentir. À chacun maintenant d'y entrer à sa manière.

C'est sans doute là que commence véritablement l'expérience du concert. Aujourd'hui, avec Florian, nous avons arrêté la musique, isolé quelques détails, comparé des passages, Essayez de comprendre ce que vous voulez. qui pouvaient se jouer derrière certaines notes. Avec Grigory Sokolov, ce sera tout autre chose.

Plus d'explications, plus d'arrêts, simplement. Ces deux sonates, dans toute leur durée, et un interprète qui nous proposera sa propre manière de les traverser. Et peut-être entendrez-vous alors certains des détails que nous avons découverts ensemble, ou peut-être tout autre chose, car il n'y a pas qu'une seule manière de l'écouter.

Merci à Mathias Maurer de nous avoir accueillis dans ses locaux pour cet enregistrement. Merci à Axel pour la prise de son et le montage de ce podcast. Merci beaucoup Florian d'avoir partagé avec nous ton piano, ton écoute et toutes ses découvertes musicales. Merci Thierry et surtout bon concert à toutes et à tous.

Il ne nous reste plus qu'à vous souhaiter une très belle écoute et surtout un très beau grand récital avec Grigori Sokolov. Ce podcast est une création originale de Partemus. dans le cadre du grand récital. Merci à Floriane Bourreau pour ses gestes au piano, à Thierry Weber pour l'invention de ce format et pour le fil de ses récits, à Jean-Christophe De Vries pour sa parole et sa confiance, à Nicolas Ziliotto pour les textures sonores et à Axel Luciès pour les prises de son, le montage et le soin apportés à chaque silence.

Merci enfin à vous pour votre écoute.

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