Passion Modernistes

Épisode 15 – Isabelle et les médecins à Paris au XVIIIème siècle (Passion Modernistes)

Sonntag, 27. September 2020 · 38 min

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Shownotes

Que sait-on sur les médecins à Paris au XVIIIème siècle ?

Passion Modernistes

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passionmedievistes.fr/wp-content/uploads/2020/… Coquillard au micro de Passion Modernistes
En 2018, Isabelle Coquillard a soutenu une thèse sur les médecins parisiens entre 1707 et 1789 à Paris, sous la direction de Laurence Croq (Université Paris Nanterre). Elle a voulu étudier un groupe professionnel sous « tous les angles » en mobilisant des sources institutionnelles (celles de la Faculté de médecine de Paris et des autres centres savants ) mais aussi notariales afin de saisir les docteurs dans leur vie professionnelle (marché de la santé et honoraires, clientèle, lieu de réception à domicile) et leur vie privée (habitat, mariage, fortune).

Elle montre ainsi la pluralité d’activités des médecins au XVIIIème siècle (en ville, dans l’espace militaire, dans les campagnes, les ports et les colonies) et leur affirmation progressive en tant qu’experts de la médecine et acteurs à part entière de la politique sanitaire balbutiante du roi.

En 1707, le roi Louis XIV décide de repenser l’enseignement médical en promulguant l’édit de Marly (gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86022352.image), et d’uniformiser la profession. Isabelle se sert de ce point de départ pour étudier les médecins parisiens tout au long du XVIIIème siècle, pour comprendre comment l’on devient médecin et comment ces hommes (et femmes) pratiquent dans leur quotidien.

passionmedievistes.fr/wp-content/uploads/2020/… de Messieurs les docteurs régents de la faculté de médecine en l’Université de Paris, avec leurs demeures, pour l’année 1770(Wellcome Library, Londres)
Pour en savoir plus sur le sujet de l’épisode, on vous conseille de lire :

erlan Hélène, Faire sa médecine au XVIIIe siècle. Recrutement et devenir professionnel des étudiants montpelliérains (1707-1789), Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2013. Permet de comparer les Facultés de médecine de Paris et de Montpellier, les deux plus grandes institutions diplômantes au XVIIIe siècle. De nombreux docteurs régents parisiens ont éprouvé le cursus montpelliérain.
Coquillard Isabelle, « Le marché des remèdes antivénériens et les docteurs régents de la faculté de médecine de Paris au xviiie siècle », in Rieder Philip, Zanetti François (éd.), Materia medica. Savoirs et usages des médicaments aux époques médiévales et modernes, Genève, Droz, 2018, pp. 161-188. Un chapitre pour aborder les questions de liberté professionnelle et de réputation des médecins, l’usage de son pouvoir coercitif par la Faculté.
Lunel Alexandre, La Maison médicale du roi, XVIe-XVIIIe siècles. Le pouvoir royal et les professions de santé, Seyssel, Champ Vallon, 2008. Une mise au point précise sur l’histoire de la profession médicale et sur l’organisation des professions de médecin, de chirurgien, et d’apothicaire entre le XVIe siècle et la fin du XVIIIe siècle.
Pauthier Céline, L’exercice illégal de la médecine (1673-1793) : entre défaut de droit et manière de soigner, Paris, Glyphe & Biotem, 2002. Une mise au point sur la façon dont la Faculté de médecine défend ses privilèges, une réflexion sur le champ d’intervention des médecins et sur les marges de la profession médicale.
Perez Stanis, Histoire des médecins, Paris, Tempus, 2020. Une fresque allant de l’Antiquité à nos jours sur l’histoire à la fois sociale, politique et économique des médecins.
Rieder Philippe, La figure du patient au XVIIIe siècle, Genève, Droz, Bibliothèque des Lumières, 2010. Pour découvrir ce qu’est un malade au XVIIIe siècle, la construction sociale de l’expérience de la maladie, et la culture médicale du professionnels de la médecine. Transcription de l’épisode 15 (cliquez pour dérouler)

Fanny : Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode de Passion Modernistes. Je m’appelle Fanny Cohen Moreau, et dans ce podcast, nous vous proposons de rencontrer de jeunes chercheurs et chercheuses en master ou en thèse qui étudient l’histoire moderne. Et pour rappel, l’histoire moderne c’est cette période qui s’est un petit peu glissée entre le Moyen ge et l’époque contemporaine, c’est-à-dire, en gros pour l’Europe occidentale, entre les années 1500 et 1800.

Épisode 15, Isabelle et les médecins au XVIIIe siècle, c’est parti !

Bonjour Isabelle Coquillard.

Isabelle : Bonjour Fanny Cohen-Moreau, je suis ravie d’être là [rires].

Fanny : Tu me donnes plein de pêche dès le début ! Isabelle, je te reçois parce que tu as soutenu une thèse en décembre 2018 sur le sujet Les médecins parisiens entre 1707 et 1789. Tu étais sous la direction de Laurence Croq à l’Université Paris Nanterre. Et oui, on avait déjà fait l’épisode 3 sur les sages-femmes, on avait déjà fait un épisode sur les épidémies, donc aujourd’hui, avec toi, on va parler de la médecine et surtout des médecins au XVIIIe siècle.
Alors, déjà Isabelle, pourquoi tu as voulu travailler sur ce sujet ?

Isabelle : Alors, c’est une longue histoire le choix de ce sujet, puisqu’au départ, j’étais intéressée par les femmes dans la résistance…

Fanny : Ah oui, rien à voir !

Isabelle : … Donc on est très très loin du sujet. Et puis, j’ai fait une maîtrise sur les salons parisiens au XVIIIe siècle, et je travaillais sur les Mémoires de Jean-François Marmontel, donc une source imprimée. J’ai découvert, moi, le XVIIIe siècle, j’étais vraiment très enthousiaste, j’étais très heureuse avec ce sujet, et – quelque part, malheureusement pour moi – Antoine Lilti a travaillé également sur le sujet en thèse, il a publié une magnifique étude aux éditions Fayard sur les salons parisiens, et arrivée en Master 1, je cherchais un sujet. Et je voulais travailler sur plutôt l’élite, et surtout travailler en histoire sociale.

Donc mon directeur de l’époque, Monsieur Dumas, m’a posé différents thèmes, là aussi j’ai eu encore un truchement par les substituts du procureur général du Parlement de Paris.

Fanny : Non, mais tu as fait combien de sujets, là ? [rires]

Isabelle : Alors, celui-là, il n’a pas été mené à terme, mais il m’a permis de découvrir ce qui pour moi était l’archive mais avec un grand A, c’est-à-dire l’archive imprimée, la belle archive, donc les beaux volumes, là, de Joly de Fleury [NdT magistrat au Parlement de Paris]. Et j’avais une petite frustration avec ça parce que je travaillais donc sur mes mémoires imprimés, je les avais toujours sur moi, donc ça c’est extra, c’est le bonheur de l’historien, mais le contact même et cette recherche-là, je ne l’avais pas. Donc, avec les substituts du procureur général, je n’avais pas ce que Monsieur Dumas appelait l’enthousiasme pour son sujet, l’empathie pour son sujet. Alors, c’était super intéressant mais ça me parlait pas, je ne me voyais pas travailler là-dessus sur plusieurs années. Et les docteurs régents sont arrivés.

Fanny : Ah. Voilà. Et pourquoi tu as voulu travaillé sur le XVIIIe siècle ? Est-ce que c’est une époque particulière ?

Isabelle : C’est une époque qui fait résonance en moi. J’y suis arrivée par cette histoire culturelle et sociale, l’histoire des réseaux de sociabilité m’intéressait beaucoup, et l’arrivée aussi de la « bourgeoisie à talents ». La « bourgeoisie à talents » en fait, ce sont des personnes qui ont une certaine aisance sociale et qui arrivent à vivre de leur activité, qui n’est pas « dérogeante », c’est-à-dire qu’elle ne fait pas perdre la noblesse. Et on y trouve des groupes tels que les avocats, les notaires, et les médecins.

Fanny : Pourquoi on les appelle « à talents » ?

Isabelle : Parce qu’il y a une formation à la faculté, à Paris, il y a une structure, donc l’université, et au sein de cette université on a plusieurs …

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