
Revue parfum - Le podcast· Staffel 1· Folge 4
De la peste à la Renaissance : le parfum, de remède à objet de désir
Montag, 19. Oktober 2026 · 8 min
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Shownotes
Pendant des siècles, en Europe, le parfum n'a pas servi à séduire. Il a servi à survivre.
Quatrième épisode de notre saison consacrée à l'histoire du parfum. On revient en Europe, du Moyen Âge à la Renaissance : Venise et ses galères chargées d'aromates venus d'Orient, la peste noire de 1348 et les pommes d'ambre censées protéger des mauvais airs, l'arrivée de l'alcool dans le parfum avec la légendaire eau de la reine de Hongrie. Puis Catherine de Médicis, son parfumeur maître René et la rumeur des gants empoisonnés. Jusqu'à Grasse, la ville de tanneurs qui devient la ville du parfum.
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Pendant des siècles, en Europe, le parfum n'a pas servi à séduire, il a servi à survivre. 1348, une épidémie traverse l'Europe, la peste noire, et en quelques années, elle va tuer entre un tiers et la moitié de la population, et personne ne sait d'où elle vient. Alors on cherche une explication, un coupable, et cette année-là, la faculté de médecine de Paris rend son verdict, la maladie vient de l'air, un air corrompu, empoisonné.
Et si le danger est dans l'air que l'on respire, la seule défense, c'est de respirer autre chose. Revu parfum le podcast, je suis Gwendal Depuis des années j'explore la parfumerie classique De niche ou de luxe Ses maisons, ses parfumeurs, ses secrets de composition Dans ce podcast je vous raconte tout ça Les grandes dates, les personnages, les créations Qui ont changé la donne Un épisode, une histoire, bonne écoute La dernière fois nous étions à Bagdad et en Perse Là où les savants ont perfectionné la lambique Et fait de l'eau de rose une reine Aujourd'hui on reprend la route là où on l'avait laissée On revient en Europe, du Moyen-Âge jusqu'à la Renaissance Pour voir comment ces trésors d'Orient traversent la Méditerranée Mais aussi
Comment le parfum finit par s'installer en France ? Commençons par un constat. Après la chute de Rome en Occident, le parfum de plaisir recule, car pour beaucoup d'hommes d'église, ce parfumé est une futilité, presque une tentation, le parfum survit, surtout là où on l'a laissé dans l'épisode précédent, dans les églises avec l'enceint, oui, mais surtout dans la médecine.
Les matières premières, elles continuent d'arriver, et elles arrivent par une ville en particulier, Venise. Puisqu'au Moyen-Âge, Venise est le grand carrefour entre l'Orient et l'Occident, chaque saison, des bateaux rentrent d'Alexandrie, de Beyrouth chargée d'épices, de résines, de soie, une grande partie de ce que le monde arabo-musulman produit ou fait transiter, passe par ses quais avant de repartir vers le reste de l'Europe.
Alors petite précision par rapport à la fin du dernier épisode, on dit souvent que ce sont les croisades qui ont ramené les parfums d'Orient. Oui, elles ont joué un rôle, bien sûr, en multipliant les contacts, mais les historiens rappellent que ce grand commerce doit surtout aux marchands italiens, ceux de Venise, de Gênes, qui commerçaient avec l'Orient, guerre ou pas guerre.
Et Venise, c'est aussi le verre. Vous vous souvenez du verre soufflé né au Proche-Orient à l'époque romaine ? Eh bien les Vénitiens en ont fait tout un art. En 1291, pour éviter que les fours des verriers ne mettent le feu à la ville, on les installe tous sur une île de la lagune, Murano. Le verre de Venise devient alors réputé dans toute l'Europe.
Et puis arrive la catastrophe. 1348, la peste. Pour comprendre la place que va prendre le parfum, il faut se mettre dans la tête d'un médecin de l'époque. On ne connaît pas les microbes, on pense que les maladies se transmettent par les mauvaises odeurs, ce qu'on appelle les miasmes. L'air qui sent, la pourriture, c'est l'air qui tue.
Est-ce que vous voyez la logique ? Si une odeur rend malade, alors une bonne odeur protège. Le parfum devient donc un bouclier, on utilise le thym, le romarin, la lavande pour chasser les mauvais airs. Et ceux qui en ont les moyens portent sur eux un objet étonnant, la pomme d'ambre. C'est une petite boule de métal finement travaillée que l'on porte sur soi, à l'intérieur une pâte parfumée, du musque, des résines, de l'ambre gris.
Et face à ce danger invisible, on porte la pomme d'ambre à son nez et on respire. Le nom a d'ailleurs voyagé en anglais, la pomme d'ambre est devenue le pommander, ce même nom que vous pouvez retrouver en bougie chez certaines marques. Ça ne protégeait évidemment de rien, la peste est causée par une bactérie invisible à l'œil nu, mais cette peur des mauvais airs va durer longtemps et marquer le rapport des Européens à leur corps, et même à l'eau, on en reparlera à Versailles.
Pendant ce temps, une révolution discrète est en train de se produire et elle prolonge directement notre dernier épisode. Vous vous souvenez de l'alambic, perfectionné à Bagdad, et du mot alcool venu du col pour les cils ? En Europe, à la fin du Moyen-Âge, on distille le vin, et on obtient donc un liquide qu'on appelle alors l'esprit de vin, notre alcool.
Pourquoi c'est important pour le parfum ? Parce que l'alcool change tout. Une huile parfumée, comme chez les Romains, reste lourde sur la peau. L'alcool, lui, s'évapore vite et il emporte les odeurs avec lui dans l'air. Le parfum devient plus léger, plus vif, enfin, il se diffuse. Et c'est là qu'apparaît une eau célèbre, l'eau de la Reine de Hongrie, du Romarin, plongée dans l'esprit de vin.
Elle est souvent présentée comme l'un des premiers parfums à l'alcool d'Europe, et elle a sa légende, une reine de Hongrie, de 72 ans, malade, aurait utilisé cette eau pendant un an, elle aurait retrouvé sa santé, sa vigueur, sa beauté, au point que le roi de Pologne l'aurait demandé en mariage. Je vous rassure, les historiens restent très prudents, on ne sait ni qui a créé cette eau, ni exactement quand, et les récits que l'on connaît sont bien plus tardifs.
Mais l'histoire montre une chose, on commence à prêter au parfum un autre pouvoir que celui de soigner, celui de rendre belle, de rendre une autre. désirable. Et cette eau restera populaire pendant des siècles jusqu'à l'arrivée d'une autre eau encore plus célèbre, mais ça ce sera dans deux épisodes. Avançons maintenant jusqu'à la Renaissance et direction l'Italie qui est alors le coeur battant du raffinement européen, puisqu'à Florence une famille domine tout, les fameux Médicis, des banquiers devenus princes, mécènes des artistes, amateurs de luxe, et en 1533, une jeune fille de cette famille, 14 ans à peine, est mariée à Marseille au fils du roi de France, François 1er.
Il deviendra le roi Henri II, elle s'appellera Catherine de Médicis. On dit souvent que c'est Catherine qui a apporté le parfum en France mais c'est un raccourci évidemment puisqu'on vient de voir qu'on se parfumait bien avant elle. Mais c'est vrai qu'elle arrive avec les goûts de l'Italie et avec elle, la mode des parfums à l'italienne s'installe à la cour.
Et Catherine a déjà son propre parfumeur. Un italien qu'on appelle Maître René et en 1560, En 1572, on le trouve installé sur le pont Saint-Michel à Paris. A l'époque, les ponts de Paris sont couverts de maisons et de boutiques. Imaginez son échoppe, des flacons, des gants parfumés, des pommes de senteur au-dessus de la Seine, et autour de cet homme, une rumeur terrible.
Nous entrons en pleine guerre de religion entre catholiques et protestants, et en juin 1572, Jeanne d'Albray, reine de Navarre, protestante et mère du futur Henri IV, meurt brutalement. Et très vite, les ennemis de Catherine racontent qu'elle lui aurait fait offrir une paire de gants parfumés empoisonnés.
Préparez évidemment par Maître René. Des pamphlets de l'époque accusent la reine et son parfumeur de plusieurs empoisonnements de ce genre. Rien n'a jamais été prouvé, mais la légende est si belle qu'Alexandre Dumas s'en empare en 1845 dans La Reine Margot, où Maître René devient un personnage du roman.
Retenez cette image parce qu'elle dit quelque chose de profond. À cette époque, le parfumeur manipule des matières qui soignent, qui charment, et qu'on soupçonne même de pouvoir tuer. Le parfum séduit donc autant qu'il inquiète. Et ces gants parfumés nous emmènent vers une ville que tout amateur de parfum connaît, Grasse.
Au Moyen-Âge, Grasse ne sent pas bon du tout. C'est une ville de tanneurs réputée pour le travail du cuir. Et le tanneur, c'est un peu comme le cuir de la ville de Grasse. Le tanage, à l'époque, ça dégage des odeurs qui sont épouvantables. Or, au XVIe siècle, la mode des cuirs parfumés arrive d'Italie.
Pour être bien vu, les gants doivent sentir bon. Alors, les artisans grassois se mettent à parfumer leur peau avec des plantes aromatiques qui poussent tout autour de la ville, naturellement. On raconte que Catherine de Médicis serait venue à Grasse et aurait encouragé ces techniques venues de Florence.
Ce qui est sûr, c'est la suite. Peu à peu... Les paysans de la région distillent les plantes sauvages, le parfum prend le dessus sur le cuir et Grasse change de métier. La ville de Tanner devient la ville du parfum et en 2018, l'UNESCO a même inscrit les savoir-faire du parfum du pays de Grasse au patrimoine culturel immatériel de l'humanité.
Alors, qu'est-ce qui a changé depuis Bagdad ? Au début de cet épisode, le parfum était un remède, presque une armure contre la mort. A la fin, il devient un plaisir, une mode, un objet de cours. Puisqu'il passe de la poche du médecin à la boutique du parfumeur et il change de matière... À côté des huiles et des eaux de fleurs, l'alcool fait son entrée.
Tout est prêt pour l'épisode suivant, il ne manque plus qu'une scène à la hauteur de ce nouveau parfum, et cette scène, ce sera un château. Avant de se quitter, comme dans chaque épisode, l'image a emporté Paris, un soir de 1572, sur le pont Saint-Michel, entre les maisons serrées, une petite boutique est encore éclairée.
Sur les étagères, des gants de cuir souples, des pommes de senteur et des fioles d'eau parfumées, une dame de la cour entre, choisit une paire de gants, les porte à son visage pour les sentir. Sous le pont, la Seine coule dans l'obscurité et dans les couloirs du Louvre, tout près, on murmure déjà le nom du parfumeur.
Voilà pour cet épisode, merci de l'avoir écouté jusqu'au bout. La prochaine fois, on entre à Versailles à la découverte de la cour parfumée. D'ici là, si ce voyage vous a plu, abonnez-vous au podcast sur votre plateforme d'écoute et parlez-en autour de vous. Plus d'infos à retrouver sur l'application Refus Parfum.
Merci, à très vite et surtout, restez curieux.