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Histoire des Civilisations· Staffel 1· Folge 23

Sparte : grandeur et déclin d'une puissance militaire grecque

Freitag, 23. Oktober 2026 · 58 min

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Shownotes

Comment Sparte, cité sans murailles devenue la plus redoutable puissance militaire de la Grèce antique, a-t-elle pu s’effondrer en moins d’une heure à Leuctres ? Cet épisode retrace l’histoire de Sparte, de ses origines dans la vallée de l’Eurotas jusqu’à son déclin, en révélant les forces et les contradictions d’une société entièrement organisée pour la guerre.

Découvrez les lois attribuées à Lycurgue, la Grande Rhêtra, l’agôgê, la krypteia, le sort des hilotes et le statut exceptionnel des femmes spartiates. Nous revenons également sur Léonidas et les trois cents Spartiates aux Thermopyles, en distinguant les faits historiques du mythe qui a traversé les siècles.

De la guerre du Péloponnèse contre Athènes à l’hégémonie spartiate, puis des crises démographiques à la corruption des élites, cet épisode explique comment le modèle militaire de Sparte s’est progressivement retourné contre elle. Les batailles de Leuctres et de Mantinée, la stratégie révolutionnaire d’Épaminondas et la libération de la Messénie précipitent alors la chute d’une puissance longtemps jugée invincible.

Plongez au cœur de la Grèce antique pour comprendre la grandeur et le déclin de Sparte, mais aussi la naissance de sa légende. Une enquête historique immersive sur les Spartiates, leur armée, leur société et l’héritage politique d’un mythe encore fascinant aujourd’hui. Abonnez-vous au podcast pour découvrir d’autres grandes civilisations de l’Histoire.

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Pendant trois siècles, Sparte avait joui d'une réputation si redoutable que son seul nom semblait pouvoir paralyser des armées entières avant même que la première lance ne soit lancée. Malgré des revers antérieurs, notamment à Isis et à Tégir, jamais encore la principale armée spartiate n'avait subi en bataille rangée un désastre aussi décisif. Et puis vint, durant l'été 371 avant notre ère, le 6 juillet, selon une datation traditionnelle qui demeure incertaine, la bataille de Leuctre, en Béotie. Ce jour-là, l'aile spartiate fut rapidement mise en déroute, et tout ce que Sparte avait construit au fil de sept générations de guerriers s'effondra sous les coups d'un général Thébin que la plupart des spartiates n'avaient sans doute jamais jugé dignes d'une

véritable crainte. Ce n'était pas un effondrement soudain, comme peut l'être un tremblement de terre, brutal et imprévisible. C'était plutôt la chute d'une façade derrière laquelle quelque chose de vital était mort depuis longtemps. sans que personne au sein de la cité n'ait voulu ou su le regarder en face.

Les spartiates qui avancèrent ce matin-là dans la chaleur de l'été béotien étaient les héritiers d'une tradition militaire si ancienne, si absolue dans ses certitudes, que l'idée même de la défaite leur était peut-être devenue aussi abstraite et aussi lointaine que la mort l'est pour ceux qui ne l'ont jamais frôlée.

Les hoplites spartiates avançaient comme ils avaient toujours avancé, au pas régulier, sans hâte. au son grave et cadencé des Zolois qui accompagnaient leur marche au combat, parce que Sparte n'avait jamais eu besoin de l'excitation pour combattre et tuer. Certains de leurs boucliers de bois renforcés portaient peut-être la lettre Lambda, initiale de l'Acédémon, le nom officiel de leur cité, un emblème dont l'usage demeure toutefois mal attesté, et ils les portaient avec la désinvolture tranquille de ceux qui ont fait cela toute leur vie. En phase 2, l'armée Thébène était commandée par un homme nommé Epaminondas, philosophe autant que stratège et disciple de l'école pythagoricienne, selon certaines sources, qui

avait passé des années à réfléchir à une question que personne n'avait jugée utile de poser depuis des générations. Comment brise-t-on une armée que tout le monde croit impossible à briser? Le roi spartiate Cléombrot premier commandait ce jour-là environ 10 000 hommes, dont 700 citoyens spartiates à part entière. les homoioï, les égaux, l'élite absolue du monde grec. Ces 700 hommes représentaient à eux seuls presque la moitié de ce qu'il restait encore de citoyens spartiates capables de porter les armes.

Et ce seul chiffre dit déjà tout sur la longue et silencieuse hémorragie qui rongeait Sparte depuis des décennies. Une crise démographique profonde et structurelle que la cité n'avait pas su résoudre et à laquelle nous reviendrons en détail dans la suite de ce récit. Lorsque le combat prit fin, 400 de ces 700 Spartiates gisaient morts dans la poussière béotienne.

Le roi lui-même également. Et la phalange Spartiate, ce mur d'airain qui avait tenu le monde grec dans l'effroi depuis les guerres médiques, reflua, se disloqua et abandonna le terrain, laissant derrière elle non seulement ses morts, mais la chose la plus précieuse qu'elle ait jamais possédée, la certitude absolue de son invincibilité. La nouvelle se répandit dans tout le monde grec avec la force d'un choc sismique. L'historien Xénophon rapporte qu'à Sparte, des messagers arrivèrent pendant la fête des Gymnopédies et que les efforts, apprenant la défaite et la mort du roi, décidèrent de ne pas interrompre les festivités.

Peut-être par cette discipline inflexible qui exigeait de dissimuler la douleur devant la cité. peut-être aussi par cette incrédulité profonde et comme vertigineuse que produisent les nouvelles trop grandes pour être immédiatement assimilées par l'esprit. Parce que l'octre, ce n'était pas seulement une armée battue sur une plaine de béotis, c'était l'écroulement d'un ordre du monde que trois siècles avait rendu aussi solide, en apparence, que les rocs enneigés du Tajet.

Mais pour comprendre pourquoi cette défaite était possible, pour comprendre comment une cité construite entièrement pour la guerre avait pu en arriver à n'aligner que 700 guerriers, là où elle en comptait autrefois plusieurs milliers. Il faut remonter bien plus loin que la plaine de Leuctre. Il faut remonter jusqu'aux origines mêmes de cette cité extraordinaire et terrible, à l'époque où elle n'était encore qu'une poignée de villages dans une vallée du Péloponnèse, et où les forces sombres qui allaient la faire naître commençaient tout juste à se mettre en mouvement.

Une cité qui n'a pas de mur. Dans le monde grec antique, où nombre de grandes cités fortifiées de l'époque classique se protégeaient derrière des remparts de pierres soigneusement entretenus, où les murailles exprimaient la richesse, la puissance et l'orgueil civique d'une police, Sparte constituait une singularité frappante, un paradoxe architectural au sens propre du terme. Quand des visiteurs étrangers s'en étonnaient, et ils étaient nombreux à faire le voyage jusqu'à la vallée de l'Eurotas pour contempler cette curiosité, les Spartiates leur répondaient avec cette concision dont ils étaient si fiers.« Nos hommes sont nos murs». Ce n'était pas de la fanfaronnade.

C'était une vérité fonctionnelle qui dit tout sur ce qu'était Sparte. Et pour comprendre comment une cité en est arrivée à fonctionner ainsi, il faut en retrouver les fondations les plus sombres. Vers 1100 avant notre ère, le monde égéen sort d'un effondrement profond, celui des grands palais mycéniens. amorcé plusieurs générations auparavant sous l'effet de causes multiples. Conflits, crises internes, ruptures commerciales et déplacements de population. C'est dans cette période de bouleversement que s'inscrivent les mouvements traditionnellement désignés sous le nom d'invasions doriennes. Leur nature et leur ampleur restent débattues. Plutôt que la cause unique de la catastrophe... l'installation progressive de

groupes d'Oriens apparaît comme l'un des processus complexes qui suivent et accompagnent la recomposition ethnique et politique du monde grec. Les groupes d'Oriens qui s'établissent progressivement dans le Péloponnèse ne forment ni un peuple homogène, ni une armée unique de conquérants. Leurs migrations, étalées dans le temps et diverses dans leur forme, les conduisent à s'implanter en Laconie, l'une des régions les plus fertiles du Péloponnèse, une longue vallée irriguée par le fleuve Eurotas fermé à l'ouest par les sommets enneigés du massif du Taïguet et à l'est par le mont Parnon, une géographie naturellement défensive qui va modeler pour des siècles la psychologie autant que la stratégie militaire des populations qui

s'y installent. Les peuples déjà présents sur ces terres subissent des destins distincts selon les circonstances de leur soumission. Selon l'une des hypothèses avancées, certaines de ces populations auraient contribué à former les communautés des Périeques, les habitants des environs, dont les origines, sans doute hétérogènes, restent cependant mal documentées et débattues. Ce sont des hommes libres, mais privés de droits civiques complets, vivant dans les bourgades périphériques de la Laconie, exerçant l'artisanat et le commerce, combattant parfois aux côtés des Spartiates lors des guerres, mais n'ayant jamais accès aux délibérations politiques de la cité. D'autres subissent un sort infiniment plus sévère.

Car vient ensuite la conquête de la Messénie, la région voisine à l'ouest du Tejet, au terme de deux guerres longues et violentes que les historiens situent généralement entre le 8e et le 7e siècle avant notre ère. Les Messéniens vaincus ne deviennent pas des sujets ordinaires, ni des alliés subordonnés, ni même des esclaves privés vendus à des particuliers. Ils deviennent des hilotes, un mot dont l'étymologie exacte reste débattue par les spécialistes. tout comme la nature juridique précise de leurs conditions. Une population agricole dépendante, placée sous le contrôle de l'État spartiate et des citoyens, assignée aux terres de ces derniers, tenue de livrer une part fixe de sa récolte chaque année, privée de toute mobilité, soumise à une

domination institutionnalisée qui allait devenir l'un des ressorts fondamentaux de toute la société spartiate. Le problème, et c'est bien un problème, reconnu comme tel par les spartiates humaines, et que les îlottes sont très nombreux. Aucune donnée fiable ne permet cependant d'établir avec certitude leurs proportions dans l'ensemble de la population.

Hérodote rapporte qu'à la bataille de Platée, le contingent spartiate comptait sept îlottes pour chaque citoyen spartiate, mais cette composition militaire ponctuelle ne saurait être transposée à toute la société. Sept îlottes pour un spartiate dans cette armée. L'image suffit pourtant à révéler la bombe à retardement démographique enfouie dans les fondations mêmes de la civilisation spartiate, dont les spartiates avaient une conscience aiguë, douloureuse et permanente, comme on a conscience d'une fissure dans le mur porteur de sa propre maison.

Cette peur, la peur d'une révolte des îlottes, est l'un des principaux moteurs de la construction politique, sociale et militaire de Sparte, aux côtés des guerres, de sa structure sociale, et de la longue évolution de ses institutions. La gloire, l'honneur et l'idéal de la vertu guerrière comptent eux aussi, mais ils se développent sous la pression constante de cette menace intérieure. La peur nocturne, la peur viscérale d'une majorité réduite en servitude qui pourrait, si on lui en laissait l'occasion, se retourner contre ses maîtres avec une violence proportionnelle à des siècles d'humiliation. Un tremblement de terre dévastateur, survenu vers 464 avant notre ère, déclenchera d'ailleurs une révolte éleutique d'une

ampleur telle que Sparte mettra des années à la réduire, révélant au grand jour la fragilité structurelle de tout l'édifice. Mais la peur seule ne suffit pas à expliquer Sparte dans toute sa singularité. Pour transformer une cité dominée par l'anxiété de l'insurrection en la machine de guerre la plus redoutable du monde grec, il faudra un homme, ou du moins une figure légendaire qui porte toute la force d'un mythe fondateur, capable de donner à cette peur une forme, une direction et une institution. Un législateur dont le nom est peut-être le plus célèbre de toute la Grèce antique et dont la réalité historique elle-même reste, encore aujourd'hui, un sujet de vif débat parmi les spécialistes. Il aurait tout inventé.

Les lois, l'armée, l'éducation, la monnaie, ou plutôt son abolition, le mode de vie, la façon de manger, la façon de mourir. Et puis, dit la tradition, Après avoir obtenu de tous les Spartiates le serment solamel de ne rien changer à son œuvre tant qu'il ne serait pas rentré, il serait parti en exil, volontairement. Et il ne serait jamais revenu, transformant son absence éternelle en sceau de ses propres lois, puisque nul ne pouvait les modifier sans trahir un serment fait à un homme qui n'était plus là pour le délier. Mais voilà la question que les historiens posent depuis plus de 2000 ans. Cet homme, Lycurg, a-t-il vraiment existé? Thucydide, le plus rigoureux et le plus sceptique des historiens grecs classiques, ne nomme pas Lycurgue. Il évoque

seulement l'ancienneté et la stabilité des lois de Sparte, sans les rattacher directement à un législateur particulier. Plutarque, qui lui a consacré une biographie entière cinq siècles plus tard, reconnaît lui-même dans les premières pages de ce texte que les sources sont si contradictoires, certaines le datant du IXe siècle avant notre ère, d'autres du VIIIe, d'autres encore le présentant comme un demi-dieu, qu'il est presque impossible d'en construire une image cohérente. Les historiens modernes restent partagés. Certains voient en Lycurgue un personnage historique réel, peut-être un grand roi ou un magistrat dont le rôle a été amplifié et mythifié au fil des siècles. D'autres le considèrent comme une fiction rétroactive.

créé pour donner une origine unique et divine à un ensemble de réformes qui s'étaient en réalité imposées progressivement sur plusieurs générations. La prudence s'impose. L'écurgue est une figure à la frontière du mythe et de l'histoire, et l'honnêteté intellectuelle commande de le traiter comme tel. Ce qui nous est en revanche parvenu par l'intermédiaire de Plutarque, c'est le texte de la Grande Rétra, ce mot qui signifie simplement en grec ancien« accord» ou« parole». généralement considéré comme archaïque, même si sa datation précise, sa fonction originelle et son statut de véritable constitution restent discutés. Ce texte bref, dense et énigmatique dans sa concision délibérée présente les bases d'un système

politique unique dans le monde grec. Deux rois héréditaires issus de deux lignées distinctes, les Agiades et les Eurypontides, régnant simultanément et se contrôlant mutuellement. Un conseil des anciens, la Jérousie, composé de 28 membres âgés de plus de 60 ans, plus les deux rois, qui détenaient le pouvoir de délibérer et de proposer les lois. Et une assemblée des citoyens, l'appela, dont la voix pouvait approuver ou rejeter, sans en discuter librement, les décisions du Conseil. Une forme de démocratie très encadrée, très limitée, mais réelle dans ses fondements. Mais c'est l'ensemble des réformes sociales et économiques attribuées à l'ICURG qui constituent la véritable révolution. une révolution dont l'audace n'a peut-être pas

d'équivalent dans toute l'Antiquité grecque. Une tradition tardive lui prêtait l'abolition de la monnaie d'or et d'argent, remplacée par de lourds lingots de fer si peu pratiques qu'ils auraient découragé, par leur seule nature, toute accumulation de richesses personnelles ou tout commerce extérieur de quelque envergure. Un récit légendaire, et non une réforme historiquement établie. La même tradition idéalisée lui attribuait la redistribution des terres de l'Aconie en lots égaux, accordés à chaque citoyen, les clérois, cultivés par des hilotes et théoriquement inaliénables, afin d'empêcher que la propriété foncière ne se concentre entre quelques mains aristocratiques. Mais ce partage égal, probablement projeté depuis les réformes de l'époque hélénistique, n'est pas

attesté pour la Sparte archaïque. La même tradition lui attribuait aussi la création des Sissitis, Ces repas collectifs obligatoires auxquels chaque citoyen devait participer chaque jour et pour lesquels il devait fournir chaque mois une part fixée de produits et d'argent, partageant la même nourriture frugale. Le fameux brouet noir spartiate, à base de sang de porc, de vinaigre et de sel, dont les visiteurs étrangers disaient, après l'avoir goûté une fois, qu'ils comprenaient enfin pourquoi les spartiates n'avaient pas peur de mourir.

Et puis le concept le plus révolutionnaire de tous. L'idée que les citoyens spartiates étaient formellement égaux entre eux, les homoioï, les semblables. Non pas égaux en richesse, car les inégalités allaient inexorablement se creuser avec le temps, mais égaux en statut civique, égaux dans les obligations militaires, égaux dans la rigueur de la même formation reçue depuis le plus jeune âge.

Une égalité de discipline et d'obligation plus que de conditions matérielles. Mais dans un monde grec dominé par l'aristocratie de naissance et l'affichage ostentatoire de la richesse, c'était une idée d'une puissance subversive considérable. Ce modèle a exercé une fascination qui n'a jamais vraiment cessé. Platon admirait certaines institutions de Sparte et les jugeait supérieures à la turbulence démocratique d'Athènes. Mais il voyait aussi dans sa timocratie une forme déjà dégradée du régime idéal et critiquait son orientation excessive vers la seule vertu guerrière. Aristote, plus critique, en a analysé les failles alors que Sparte avait déjà perdu son hégémonie, et nous verrons comment ses observations éclairent les causes de cet affaiblissement.

Ce que la Grande Rétra avait mis en place, qu'elle soit l'œuvre d'un législateur unique ou la cristallisation de plusieurs générations de réformes, c'était un État dans lequel la préparation militaire occupait une place exceptionnelle dans la vie des citoyens, sans résumer à elle seule toute la vie religieuse, politique, musicale et économique de la cité. Et pour former ses citoyens à la guerre, Sparte avait inventé un instrument éducatif sans équivalent dans toute l'Antiquité, un système dont le seul nom suffit encore aujourd'hui à évoquer une certaine idée de la rigueur absolue. Vers sept ans, selon les sources antiques, l'enfant spartiate entre dans un système éducatif collectif qui l'éloigne

progressivement du foyer familial. Les modalités précises de cet éloignement restent toutefois débattues. Il est probable que les garçons vivaient au sein de groupes d'âge, mais les historiens ne peuvent déterminer avec certitude quand cette résidence devenait permanente ni jusqu'à quel point elle rompait les liens familiaux. Pendant les 13 années qui suivent, et, à certains égards, jusqu'à l'âge de 30 ans où il peut enfin partager un foyer avec sa femme, l'État spartiate va faire de lui quelque chose que nulle autre cité grecque ne produisait et que le reste du monde grec regardait avec un mélange d'admiration, d'incompréhension et parfois d'effroi. Ce processus avait un nom, l'agogée, mot grec qui signifie simplement« la conduite» ou« l'éducation», une neutralité

de vocabulaire derrière laquelle se cachait l'une des entreprises de transformation humaine les plus radicales que l'Antiquité ait jamais institutionnalisée. Tout commençait, à vrai dire, avant même l'entrée dans ce système. Une tradition tardive et controversée, transmise par des textes anciens dont la tendance à dramatiser impose la plus grande prudence, affirme que les nouveaux-nés spartiates étaient présentés à un conseil d'anciens de leur tribu qui auraient évalué leur aptitude à être élevés au service de la cité. Les historiens modernes débattent de la réalité, de l'ampleur et du degré de systématisation de cette pratique, certains estimant que les sources antiques en exagèrent considérablement la rigueur institutionnelle. Mais même dans sa

version la plus modérée, ce récit illustre avec force le principe fondateur de toute la société spartiate. L'individu n'existe que par et pour la communauté civique. Vers sept ans, donc, les jeunes spartiates quittent vraisemblablement le foyer familial pour entrer dans les structures collectives de l'agogué, sans que les sources permettent de reconstituer avec certitude la permanence de cette séparation.

Ils sont regroupés en troupes appelées agelaï, les troupeaux. un terme qui n'est pas anodin. Elles sont placées sous l'autorité d'un magistrat spécialement désigné, le peidonomos, et encadrées par de jeunes adultes plus âgés qui servent à la fois de modèles, de surveillants et d'instructeurs. La vie devient immédiatement collective, physique et délibérément rude. Les sources anciennes, notamment Xénophon, évoquent une alimentation volontairement frugale et diverses pratiques controversées destinées à encourager l'endurance et la débrouillardise, tout en affirmant que se faire surprendre en procédant ainsi constituait une honte. Elle mentionne également des vêtements sommaires et des conditions de repos austères. Ces récits,

difficiles à vérifier et souvent idéalisés par la tradition, témoignent moins d'une méthode dont l'efficacité serait démontrée que d'une conception éducative fondée sur la discipline et la privation, aujourd'hui considérée avec un nécessaire recul critique. Mais l'agogée n'était pas seulement une machine à produire des corps endurcis par la privation.

C'était aussi une école de culture, dans le sens le plus large du terme. Les jeunes spartiates apprenaient la musique et la danse, la pyrique notamment, une danse guerrière en armes qui était à la fois un entraînement militaire codifié et une performance rituelle collective, exécutée lors des grandes fêtes religieuses devant l'ensemble de la cité. Ils apprenaient à chanter les poèmes qui célébraient les héros tombés au combat et transmettaient les valeurs fondamentales de la communauté. Et ils apprenaient surtout l'art de la parole. Non pas la rhétorique longue et ormée que les Athéniens élevaient au rang de premiers des arts politiques, mais son exact contraire, l'art de dire beaucoup en très peu de mots. Les Spartités étaient réputés

dans tout le monde grec pour cette concision légendaire qui était à la fois une marque de caractère et une forme de mépris pour ceux qui avaient besoin de trop de mots pour se faire comprendre. C'est de leur région, la Laconie, que vient notre adjectif« laconique». La réponse qu'ils auraient adressée à Philippe de Macédoine, qui leur envoyait le message combinatoire« Si j'entre en Laconie, je raserai Sparte», est restée dans la mémoire de l'Occident avec la force d'un aphorisme parfait. Un seul mot.« Si». Vers 18 ans, Certains jeunes spartiates pouvaient être sélectionnés pour une institution particulièrement obscure et âprement débattue, la cryptéia. Plutarch, qui cite notamment Aristote à propos de cette institution, rapporte que des jeunes hommes

étaient envoyés dans la campagne avec des poignards et les provisions nécessaires, se cachaient pendant la journée et tuaient la nuit les hilotes qu'ils rencontraient. Il évoque également des attaques contre les plus robustes d'entre eux dans les champs. Les historiens modernes divergent fortement sur la nature exacte et la fonction de cette pratique. S'agissait-il d'un instrument de terreur systématique et organisé contre la population servile, d'un rite de passage initiatique ou d'une institution réservée à un groupe restreint dont des sources postérieures et parfois hostiles à Sparte ont amplifié les aspects les plus violents? Les témoignages restent insuffisants et partiaux pour trancher la question avec certitude. La Gauguet contribua

ainsi à forger la réputation d'homme d'une efficacité militaire et d'une résistance physique hors du commun. Une image largement nourrie par le« mirage spartiate» et que les sources ne permettent pas de tenir pour un résultat incontestable du système. Mais aussi celle d'hommes profondément et irrémédiablement façonnés par leur groupe, incapables de fonctionner en dehors de lui, portant dans chaque bataille le poids considérable de tout ce qu'il leur avait coûté pour en arriver là. Et pendant que ces hommes se formaient, s'entraînaient et partaient en guerre, la cité qu'ils défendaient continuait de fonctionner, grâce à des femmes dont le rôle allait se révéler, lui aussi, bien plus complexe et

bien plus révélateur qu'on pourrait le croire. Dans l'Athènes de l'époque classique, une femme libre demeurait sous tutelle juridique et exclue de la vie politique. Si l'idéal social la cantonnait à la maison, elle participait néanmoins aux cultes, aux fêtes et aux funérailles, tandis que les moins aisés travaillaient aussi hors du foyer. À Athènes, la cité que nous célébrons comme le berceau de la démocratie, dont nous étudions encore les philosophes et les dramaturges, une femme n'avait le droit ni de prendre la parole, ni de voter dans les institutions politiques, ne pouvait pas conclure un contrat dépassant la valeur d'un boisseau d'orge sans la permission de son tuteur légal masculin, son père d'abord, puis son mari, puis son

fils si elle avait la malchance de leur survivre à tous deux. Dans nombre d'autres cités grecques, la situation était comparable, même si le statut des femmes variait sensiblement selon les régions et les époques. À Athènes, une femme était, toute sa vie, une mineure juridique permanente. À Sparte, en revanche, sa condition était très différente. Et cette exception, il est crucial de le comprendre d'emblée, n'était pas nécessairement le produit d'une vision progressiste de l'égalité entre les sexes. Elle répondait notamment à une nécessité fonctionnelle, liée à la même logique militaire froide et calculatrice qui gouvernait une grande partie de la société spartiate. Les jeunes filles spartiates recevaient une éducation

physique intensive, parallèle à celle des garçons dans ses ambitions, sinon dans son intensité ou sa forme institutionnelle. Elles couraient, luttaient, lançaient le javelot et le disque, participaient à des compétitions athlétiques publiques lors des fêtes religieuses. Contrairement aux jeunes femmes athéniennes qui grandissaient dans le gynécée, soigneusement tenues à l'écart des regards masculins étrangers, les spartiates s'entraînaient en plein air, dans une visibilité sociale que les autres Grecs regardaient avec une incompréhension mêlée de scandales et parfois d'une certaine fascination inavouée.

Dans l'Isistrata, Aristophane met en scène la spartiate Lampito, dont les autres personnages féminins admirent la beauté et la vigueur physique tout en plaisantant sur son corps. Ce passage comique témoigne de l'intérêt athénien pour les exercices physiques des femmes spartiates, sans permettre d'attribuer aux poètes une condamnation de leur manque supposé de féminité. L'une des principales explications avancées pour cet investissement collectif dans le corps des femmes spartiates tient à une logique simple et brutale dans sa transparence. Une femme physiquement forte et bien nourrie porterait des enfants plus robustes.

Des enfants plus robustes deviendraient de meilleurs soldats, de meilleurs soldats rendraient la phalange plus puissante. La liberté relative des femmes spartiates pouvait ainsi être conçue non comme un droit accordé pour sa propre valeur, mais comme un investissement biologique au service de la machine de guerre. Non pas nécessairement de l'émancipation, une forme de sélection au service de la cité.

Les femmes spartiates pouvaient également posséder des terres et administrer des domaines, une capacité qui les distinguait nettement de leurs contemporaines athéniennes, sans être absolument unique dans l'ensemble du monde grec. À Gortyne, par exemple, les femmes disposaient elles aussi de droits de propriété. Aristote, qui regardait Sparte d'un œil critique et parfois acrimonieux, notait que, vers le IVe siècle avant notre ère, les femmes spartiates auraient possédé environ les deux cinquièmes des terres de la Laconie, un chiffre dont la précision exacte reste discutable selon les historiens modernes, mais dont l'ordre de grandeur illustre une réalité importante. Car lorsque les hommes partaient en campagne militaire pour des mois, voire des années,

quelqu'un devait gérer les domaines, superviser le travail des hilotes assignées aux terres, maintenir la production agricole qui nourrissait à la fois les familles et les sissitis. Ce rôle économique indispensable conférait aux femmes spartiates une autorité domestique et foncière réelle, au sens proprement pratique du terme. La figure symbolique de la mère spartiate est l'un des archétypes les plus puissants et les plus durables de toute la culture grecque. Les anecdotes transmises par Plutarque, dont l'authenticité historique exacte mérite toujours d'être considérée avec prudence, ont traversé les siècles avec une force qui dit quelque chose de profond sur ce qu'on attendait réellement de ces femmes. La plus célèbre de toutes

reste cette formule attribuée à une mère remettant son bouclier à celui qu'elle envoie au combat. revient avec ou dessus. Perdre son bouclier en fuyant, c'était le déshonneur absolu, la négation de tout ce que la formation avait construit, la mort civique avant la mort physique. Dans le code spartiate idéalisé, mourir au combat en le tenant était présenté comme l'accomplissement complet de l'existence d'un spartiate, comme la seule fin digne d'une vie consacrée à cet unique but. Et le fait que ce commandement ultime vienne d'une mère, pas d'un roi, pas d'un général, n'est pas anodin. C'est elle qui incarne et transmet les valeurs fondamentales de la cité, elle qui donne sa légitimité au sacrifice. Ce modèle a fasciné des

penseurs de toutes les époques. De la Renaissance au philosophe des Lumières, de Rousseau, qui admirait l'éducation spartiate à certains courants du XIXe siècle, qui ont vu dans la spartiate une image de féminité affranchie. L'image de la femme de Sparte a été lue, idéalisée et instrumentalisée de multiples façons selon les besoins de chaque époque. Mais cette lecture romantique risque de rester aveugle à une part de sa logique profonde.

La liberté de la femme spartiate pouvait notamment répondre aux besoins de la machine militaire et de sa reproduction. Cela ne signifie pas que tous ses droits se réduisaient à cette seule fonction, mais la société spartiate ne manifestait aucun intérêt explicite pour l'émancipation féminine en tant que telle. C'est cette tension permanente entre des droits concrets et réels d'un côté et la finalité militaire qui contribuait à les façonner de l'autre qui fait des femmes de Sparte l'un des sujets les plus révélateurs des contradictions profondes d'une civilisation bâtie, de ses fondements à son sommet, sur des paradoxes. Cette valorisation du sacrifice trouve son illustration la plus célèbre dans

le récit des Thermopiles. On ignore si Léonidas et ses hommes, en prenant position dans le défilé, s'attendait dès le départ à y trouver la mort. Les Grecs comptaient alors tenir assez longtemps pour enrayer l'avance perse. Mais lorsque la nouvelle du contournement leur parvint, la situation changea brutalement. C'est vraisemblablement à ce moment-là que Léonidas et son conseil de guerre mesurèrent que rester exposerait le roi et ses hommes à une mort presque certaine, même si les sources ne permettent pas de reconstituer avec certitude leurs réflexions ni les circonstances exactes de leur décision. Et pourtant ils restèrent. La question qui hante encore les historiens et les philosophes 2500 ans

après cet été brûlant de 480 avant notre ère n'est pas pourquoi ils moururent, mais pourquoi ils choisirent de rester alors qu'une retraite demeurait encore possible. Xerxée, grand roi de Perse, Fid Darius Ier, qui avait déjà tenté l'invasion une décennie plus tôt et s'était brisé à marathon, avait mis plusieurs années à assembler une force d'une ampleur sans précédent dans le monde de la Méditerranée orientale. Les historiens modernes s'accordent à penser que les chiffres rapportés par Hérodote, qui parle de plusieurs millions d'hommes, relèvent de l'hyperbole caractéristique des sources antiques pour les armées adverses, mais leurs propres estimations divergent largement.

certaines descendant bien en dessous de 150 000 soldats, tandis que d'autres proposent des nombres beaucoup plus élevés. Même ramenée à des proportions réalistes, cette armée représentait une puissance écrasante, face à laquelle les cités grecques, perpétuellement divisées et méfiantes les unes des autres, opposaient une coalition fragile et improvisée.

La décision de tenir le défilé des Thermopiles, ce passage étroit entre la montagne et la mer dans la Grèce centrale, relevait d'une stratégie défensive d'ensemble soigneusement discutée entre les alliés grecs. L'idée était simple dans sa logique. Là où la largeur du terrain réduisait à néant la supériorité numérique de l'envahisseur, quelques milliers d'hommes bien entraînés pouvaient tenir, tandis que la flotte grecque affrontait les Perses au Cap Artemision, les deux positions formant une opération conjointe destinée à contenir leur avancée sur terre comme sur mer. La flotte était placée sous le commandement suprême du spartiate Eurybiade, avec l'athémien Ténistocle à la tête du principal contingent et dans un rôle stratégique déterminant.

Léonidas commandait non pas 300 hommes, mais une force composite de plusieurs milliers de soldats issus de diversités, Thespiens, Thébains, Mentinéens, Arcadiens parmi d'autres. Le chiffre de 300 spartiates à part entière est historiquement solide, attesté par plusieurs sources convergentes, mais leur geste ne prend son sens complet qu'à l'intérieur de cette coalition plus large que la mémoire populaire a souvent effacée.

Pendant deux jours, la ligne grecque teint le défilé avec une efficacité qui stupéfia l'armée perse. L'avantage était entièrement tactique. Dans ce couloir de quelques dizaines de mètres de large, les hoplites combattaient dans les conditions exactes pour lesquelles ils avaient été entraînés, et les vagues successives des immortels de Xerxes, son élite, venaient se briser sur un mur de bronze et de bois sans pouvoir déployer leur supériorité numérique. Puis vint la trahison. Un habitant de la région, dont Hérodote nous a conservé le nom, Éphialtès de Malis, indiqua aux Perses l'existence d'un sentier de montagne permettant de contourner le défilé et de prendre les défenseurs à revers. C'est ici

que la décision de Léonidas prend toute sa dimension et toute son ambiguïté. Apprenant que l'encerclement était inévitable, Il renvoya la plus grande partie des contingents alliés et choisit de rester avec les Spartiates, les Thespiens qui refusèrent eux aussi de se retirer, ainsi qu'environ 400 Thébains. Hérodote affirme que ces derniers furent retenus contre leur gré, mais leur situation et le degré de contrainte qu'ils subirent restent controversés. Les sources antiques proposent plusieurs lectures de ce choix. Certains y voient une décision purement tactique. une arrière-garde sacrifiée pour permettre aux autres de battre en retraite en bon ordre. Hérodote souligne que les Spartiates avaient reçu une prophétie oraculaire de

Delphes annonçant que soit Sparte serait détruite, soit un roi Spartiate mourrait. D'autres, plus sceptiques sur le poids des oracles dans les décisions militaires concrètes, estiment simplement que le code guerrier Spartiate rendait la retraite proprement inconcevable pour des hommes formés comme il l'avait été. Les trois lectures ne s'excluent pas nécessairement. Ce qui est certain, c'est l'effet immédiat et durable de cette décision sur la psychologie de la coalition grecque.

Le troisième jour au Thermopylae fut suivi quelques semaines plus tard par la victoire navale de Salamine, une victoire essentiellement athénienne. Puis, l'année suivante par Platée, où la phalange spartiate joua un rôle décisif et écrasa définitivement les forces terrestres perses. L'invasion fut repoussée. La Grèce survécut. Et dans cette survie, Sparte recueillit un prestige considérable grâce à un choix militaire et politique dont la nécessité, le coût humain et la portée restent discutés. Les thermopiles devinrent aussitôt un symbole, érigé en monuments commémoratifs, en poèmes funèbres, en récits fondateurs gravés dans la pierre du défilé lui-même. Mais si cet épisode renforça le prestige d'une Sparte qui était déjà la principale puissance

terrestre grecque, il ne lui assura pas une hégémonie incontestée. Après les guerres médiques, la direction de la coalition maritime passa bientôt aux mains d'Athènes. Sparté avait passé des siècles à éviter de bâtir un empire maritime centralisé. Non qu'elle eût refusé toute forme de domination, la conquête de la Mécénie, son emprise sur des territoires dépendants et ses interventions répétées dans les affaires d'autres cités prouvaient le contraire. mais elle éprouvait une méfiance profonde, viscérale, pour tout ce qui aurait impliqué d'engager durablement des citoyens loin de la Laconie, de gouverner directement des populations lointaines et de s'encombrer des complexités administratives que demande la domination d'un territoire dispersé. La Ligue

du Péloponnèse, ce réseau d'alliances que Sparte dominait depuis le VIe siècle, fonctionnait précisément sur ce modèle. Non pas un empire centralisé, mais une alliance de cités formellement autonomes, liées par des traités bilatéraux accordant à Sparte la direction militaire en temps de guerre, en échange d'une autonomie formelle des alliés en temps de paix, toutefois limitée par les interventions politiques et militaires périodiques de Sparte. Et puis vint la guerre du Péloponnèse, et tout fut inversé. La rivalité entre Sparte et Athènes avait des racines profondes et multiples. Rivalité de modèles politiques entre oligarchie spartiate et démocratie athémienne. Rivalité économique entre une puissance terrestre et une puissance maritime. Rivalité

d'influence sur les cités secondaires tiraillées entre les deux orbites. Thucydide, qui a analysé les causes de ce conflit avec une acuité qui reste fascinante plus de 24 siècles après, estimait que la cause la plus profonde était la montée en puissance d'Athènes et la peur que cette montée inspirait à Sparte.

une formule que les historiens des relations internationales ont depuis lors retrouvée à l'œuvre dans d'innombrables autres contextes. La guerre éclata formellement en 431 avant notre ère et allait durer jusqu'en 404 avant notre ère, consumant 27 années, des ressources considérables et une génération entière de la jeunesse grecque. La stratégie de Périclès pour Athènes reposait sur un pari audacieux.

Refuser la bataille terrestre où les Spartiates excellaient se retrancher derrière les longs murs qui reliaient la ville au port du Pirée, maintenir la supériorité navale et le commerce maritime, et laisser le temps épuiser l'adversaire. La stratégie était cohérente, mais elle ne pouvait pas prévoir la catastrophe qui frappa Athènes en 430, une épidémie dévastatrice que les spécialistes de l'histoire de la médecine cherchent encore à identifier avec précision, peut-être la fièvre typhoïde, peut être une variante particulièrement virulente d'une autre maladie infectieuse. Périclès lui-même en mourut. Des milliers d'Athémiens également, concentrés dans les murs de la ville surpeuplés par l'afflux des réfugiés fuyant les ravages spartiates de la

campagne athique. La guerre se poursuivit par à-coups, ponctuée de succès alternés des deux côtés, avant que l'expédition de Sicile, une entreprise de conquête d'une ambition à couper le souffle, décidé par Athènes en 415 dans une sorte d'ivresse expansionniste, ne tourne au désastre absolu. La flotte athémienne fut détruite, son armée anéantie ou réduite en captivité dans les carrières de Syracuse. Athènes ne se releva jamais complètement de cette catastrophe.

Ce qui acheva la guerre reste l'une des ironies les plus amères de toute l'histoire grecque. Sparte obtint la victoire finale non pas par ses seules forces, mais grâce à une alliance avec la Perse, le même empire perse dont elle avait contribué à repousser l'invasion au Thermopylae 75 ans plus tôt. L'or perse, négocié par le général spartiate Lysandre avec une habileté diplomatique qui allait laisser des traces profondes dans la cité, finança la construction d'une flotte capable de défier la suprématie navale athénienne. En 404 avant notre ère, Athènes capitula. Ses longs murs furent démolis, selon la tradition, au son des flûtes, et Sparte se retrouva soudainement maîtresse du monde grec. Et là commença le vrai problème. Sparte

disposait déjà d'une expérience de la domination et de la diplomatie. Mais l'extension de son hégémonie multipliait les difficultés. Le contrôle de nombreuses cités reposait désormais sur des gouverneurs militaires, des garnisons et des régimes oligarchiques soutenus par les vainqueurs. Ses représentants installés dans les cités conquises, les armostes, se révélèrent rapidement cupides, arbitraires et despotiques, suscitant une résistance et une haine qui allaient progressivement reconstituer contre Sparte une coalition d'anciens alliés et d'ennemis réconciliés. Thèbes, Athènes, Corinthe, et Argos formèrent une ligue nouvelle. La guerre de Corinthe, de 395 à 386 avant notre ère, révéla que Sparte, victorieuse sur le

terrain militaire, était incapable de traduire ses victoires en une domination politique stable. Chaque cité qu'elle tenait elle la perdait à force de la maltenir. La victoire totale avait produit quelque chose d'inattendu. Elle avait exposé, avec une brutalité soudaine, tout ce que le modèle spartiate n'était pas équipé pour faire.

Et pendant ce temps, dans la cité elle-même, des fractures que personne n'avait voulu voir commençaient à s'élargir. Une tradition tardive attribuait à la Sparte archaïque 9 000 lots de citoyens, chiffres parfois transposés en une estimation de ses effectifs militaires, tandis qu'Hérodote atteste directement la présence de 5000 spartiates à la bataille de Platée, en 479 avant notre ère. À la bataille de Leuctre, en 371, le contingent engagé comptait 700 spartiates, selon Xénophon, chiffre qui ne représentait pas l'ensemble du corps civique, mais témoignait néanmoins de son profond déclin depuis le siècle précédent. Pourtant, Sparte n'avait pas subi une seule catastrophe militaire capable d'expliquer à elle seule cette hémorragie démographique.

Pas de sièges exterminateurs, pas de massacres de masse clairement documentés par les sources, pas d'épidémies dévastatrices du type de celles qui ravagèrent Athènes. La disparition progressive de la majeure partie du corps civique spartiate en l'espace d'un siècle et demi est l'une des énigmes les plus fascinantes et les plus instructives de toute l'Antiquité. Les Grecs de l'époque l'avaient même nommé l'oligantropie, le manque d'hommes. Aristoté avait diagnostiqué ce problème avec une clarté remarquable dans sa politique, et ses observations méritent qu'on s'y arrête longuement. Le philosophe notait que le système de propriété foncière spartiate, souvent présenté par la tradition comme conçu pour maintenir une égalité entre les citoyens,

était en réalité marqué par une concentration croissante des domaines privés. Les clérois, termes désignant les lots de terres, sans que leur égalité originelle ni leur stricte inaliénabilité puissent être tenues pour établies, passaient notamment par le biais des dotes, des héritages féminins, des donations et des arrangements familiaux. La terre se concentrait peu à peu entre des mains de moins en moins nombreuses. Des citoyens qui n'avaient plus de terres n'avaient plus les moyens de contribuer au CCT, les repas collectifs obligatoires qui constituaient le ciment civique quotidien du modèle.

et perdaient donc leur statut de citoyens à part entière, tombant dans la catégorie inférieure des hypoméiones, les inférieurs, exclus du corps des citoyens de plein droit et privés de droits politiques, même s'ils pouvaient continuer à servir militairement dans un statut subordonné. C'était un cercle vicieux d'appauvrissement et d'exclusion qui réduisait mécaniquement le corps civique à chaque génération. Le tremblement de terre de 464 avant notre ère avait constitué un choc supplémentaire d'une violence considérable, détruisant une large partie de la ville et causant parmi les citoyens un nombre de pertes difficiles à établir avec certitude, mais dont l'impact démographique et psychologique est généralement reconnu par les historiens. Et

ce désastre naturel fut immédiatement suivi du soulèvement, principalement des hilotes messéniens, auxquels se joignirent certaines communautés périèques, mobilisant Sparte pendant plusieurs années et démontrant au grand jour la fragilité structurelle que nous avions entrevue dès les origines de la cité.

Puis les guerres continuèrent, prélevant leur dîme sur un corps civique qui ne se reconstituait plus assez vite pour compenser ses pertes. Mais la menace la plus profonde, celle que les Spartiates eux-mêmes eurent le plus de mal à reconnaître et à combattre, fut peut-être la corruption silencieuse de l'idéal égalitaire par les richesses étrangères. La victoire sur Athènes en 404 avait été, en termes financiers, une victoire extraordinaire. Les tribus des Alliés, les rançons de guerre, les cadeaux de la diplomatie perse avaient fait affluer dans Sparte des quantités d'or et d'argent que la cité n'aurait théoriquement jamais dû voir, que ses lois les plus anciennes avaient précisément voulu tenir

à distance. Lysandre, le général qui avait conduit Sparte à la victoire finale, rentra avec des trésors considérables qu'il remit à l'État sans s'enrichir lui-même. Mais sa politique d'importation du butin et de l'argent perse accélérait déjà le glissement qui était en cours. Des procès pour corruption impliquant des généraux spartiates se multiplièrent au cours du 4e siècle. Les accusations de vénalité n'étaient pas inconnues auparavant puisqu'elles avaient déjà touché des rois comme Léotikidas et Pleistohanax au 5e siècle. Mais leur ampleur et leur fréquence prenaient désormais une dimension nouvelle dans la sparte des homoyeus fiers de leur frugalité. L'idéal des égaux, cœur moral et politique de toute la construction lycurgéenne,

se fracturait sous la pression des inégalités réelles qui s'étaient creusées. Des familles spartiates richement dotées côtoyaient dans les mêmes city-cities des citoyens au bord de perdre leur terre et leur statut civique. La façade de l'égalité tenait encore dans les rites et les formes publiques, mais derrière elle, une société profondément inégale s'était reconstituée, reproduisant dans une cité fondée sur un idéal d'égalité au sein de l'étroite élite civique toutes les fractures que cet idéal avait initialement voulu contenir. Le système de l'agogée lui-même put constituer un facteur secondaire d'appauvrissement du corps civique, même si son rôle demeure beaucoup moins solidement attesté que celui des inégalités de fortune et de

l'incapacité à contribuer au Sissiti. Sa rigueur pouvait écarter certains de ceux qui n'étaient pas en mesure de le suivre jusqu'à son terme. Mais les sources ne permettent pas d'affirmer que les accidents, les maladies et les insuffisances diverses aient provoqué à chaque génération une diminution systématique du nombre de ceux qui obtenaient le plein statut de citoyen. La machine qui avait été conçue pour produire des guerriers parfaits pouvait ainsi contribuer, en parallèle, a créé des hommes privés du statut autour duquel cette même machine leur avait appris à construire toute leur identité. Sparte se consuma ainsi lentement de l'intérieur, longtemps avant que l'armée Thébène n'entre en campagne. Epaminondas de

Thèbes avait compris quelque chose que personne n'avait osé penser depuis des siècles. Non que la phalange spartiate fût lâche, elle ne l'était pas. Ni qu'elle fût mal armée ou mal équipée, elle passait au contraire pour l'une des plus disciplinées et des plus expérimentées de Grèce. Ce qu'Epaminondas avait compris, c'est qu'elle avait une habitude. Une habitude si ancienne, si profondément enracinée dans les réflexes collectifs de ses combattants et si intimement liée à leur conception même de ce qu'était la guerre, qu'elle était devenue une vulnérabilité aussi sûre qu'une fissure dans une armure. Et cette habitude avait un nom.

l'aile droite. Dans la phalange grecque conventionnelle, la position d'honneur était toujours l'aile droite. C'est là que les combattants les plus expérimentés et les plus prestigieux se plaçaient, parce que chaque homme portait son bouclier au bras gauche et comptait sur le bouclier de son voisin de droite pour couvrir en partie son flanc droit, si bien que le combattant placé à l'extrémité droite, privé de cette protection, était le plus exposé. Cette convention, courante dans le monde grec sans être universelle ni immuable, offrait à Epaminondas une certitude adverse autour de laquelle il décida de construire toute sa stratégie.

À l'octre, durant l'été 371 avant notre ère, cette saison sur laquelle ce récit s'est ouvert et à laquelle il revient maintenant avec tous les éléments nécessaires pour la comprendre pleinement, Epaminondas disposa ses forces selon une formation radicalement inhabituelle. Au lieu d'une ligne à peu près équilibrée sur toute sa longueur, il concentra son meilleur contingent sur le côté gauche de sa ligne, renforcé en une colonne oblique profonde d'une cinquantaine de rangs, précisément là où il savait que se trouverait l'aile droite spartiate. Le bataillon sacré de Thèbes, 300 hommes liés par des serments indéfectibles et probablement l'unité d'élite la mieux entraînée du monde grec de l'époque, occupait vraisemblablement une

position décisive au sein de cette aile. Selon une reconstruction moderne largement admise, le reste de ses forces auraient formé une ligne en retrait progressif, destinée à retarder le choc sur les autres points de contact pendant que la colonne oblique portait un coup décisif et concentré là où la puissance spartiate était la plus dense. Le roi spartiate Cléombrote premier reconnut sans doute trop tard ce qu'il avait en face de lui. Le choc de la colonne oblique Thébène sur l'aile droite spartiate fut d'une violence et d'une profondeur que les spartiates, habitués à repousser des assauts frontaux classiques, n'avait pas les réflexes tactiques collectifs pour absorber. Les rangs s'enfoncèrent,

le roi tomba, et avec lui, des centaines de ses meilleurs guerriers. 400 des 700 citoyens spartiates présents, selon les sources antiques, soit environ un quart de tout ce qu'il restait du corps civique de Sparte au sens large. Ce n'était pas seulement une défaite militaire, c'était une blessure démographique d'une profondeur catastrophique pour une cité déjà réduite à l'os.

La nouvelle de l'octre produisit un séisme psychologique dans tout le monde grec, à la mesure de la longue réputation de Sparte comme principale puissance terrestre de la Grèce. Des cités alliées de Sparte se dérobèrent. Des populations que la peur seule maintenait dans l'obéissance commencèrent à lever la tête.

Et Epaminondas, saisissant l'étendue de ce qu'il venait d'accomplir, poussa son avantage avec une intelligence stratégique qui allait porter le dernier coup fatal non plus à l'armée spartiate, mais à la base matérielle même de son existence. En 369 avant notre ère, Epaminondas mena ses armées jusqu'en Messémie, cette région à l'ouest du Téget que Sparte avait conquise plusieurs siècles plus tôt et dont les îlottes constituaient la colonne vertébrale économique et humaine de tout le système spartiate. Il libéra les Messéniens de leur servitude séculaire et fonda une nouvelle ville, Messène, avec des murailles imposantes construites précisément pour rendre toute reconquête impossible.

C'était le coup le plus dévastateur qu'ont pu porter à Sparte. Plus dévastateur que n'importe quelle défaite sur le champ de bataille, parce qu'il s'attaquait aux fondations les plus profondes. Sans les terres de Messénie, ni les îlots messéniens pour les cultiver et nourrir les Sissitis, le système tout entier voyait ses conditions matérielles d'existence brutalement réduites. Sparte, sans la Messénie, C'était une cité de guerriers dont la base économique et le corps civique venaient d'être irrémédiablement amputés. La bataille de Mantine, en 362 avant notre ère, mit fin à la domination pébène.

Epaminondas y mourut après avoir remporté un succès tactique sur le champ de bataille, mais l'issue stratégique demeura indécise et ne laissa aucun véritable vainqueur. Thèbes, privé de son génie militaire, ne put maintenir l'hégémonie que lui seul avait rendue possible. Mais Sparte ne se releva pas pour autant de ces deux coups combinés. Elle survivrait encore des siècles, mais comme l'ombre d'elle-même, une forme sans la substance qui l'avait rendue réelle.

Rome fit la guerre à Sparte et, en 195 avant notre ère, contre-émit le roi Nabis à accepter un lourd traité, sans pour autant annexer la cité. Le général romain Flamininus mena une véritable campagne, marquée par les combats autour de Githion, puis par l'assaut de Sparte. Cette guerre ne signifiait pas encore l'établissement définitif de la domination romaine sur la Grèce.

Celle-ci ne s'imposa pleinement qu'après la destruction de Corinthe, en 146 avant notre ère. Mais il restait déjà peu de choses à défendre avec les moyens de la guerre, sauf un mythe, sauf une image que Sparte entretenait avec un soin croissant à mesure que sa puissance réelle s'amenuisait. Et cette inversion, la puissance qui recule, le mythe qui s'amplifie, est peut-être la leçon la plus profonde que toute l'histoire de Sparte nous laisse. Les deux siècles qui séparent l'octre de la conquête romaine avaient été une longue descente jalonnée de sursauts. La Macédoine de Philippe II et d'Alexandre le Grand avaient progressivement soumis la plus grande partie du monde grec à un ordre que les campagnes d'Alexandre avaient projeté

jusqu'aux frontières de l'Inde. Sparte avait refusé d'entrer dans la ligue de Corinthe. Seul parmi les grandes cités, par un reste d'orgueil qui ressemblait parfois à de la sagesse et parfois au refus obstiné de reconnaître la réalité. Elle conserva ainsi une position singulière, jusqu'à ce que sa défaite face aux Macédoniens à Mégalopolis révèle les limites de cette indépendance.

Cette résistance ne lui avait guère rapporté de bénéfices concrets, l'isolant davantage dans un monde grec réorganisé sans elle, ni vraiment contre elle. Les rois Agi IV et Cléomène III, au IIIe siècle avant notre ère, tentèrent ce qui ressemble rétrospectivement à une dernière révolution intérieure. Un retour volontaire et radical aux principes attribués à Licurgue. Redistribution des terres, annulation des dettes, élargissement du corps civique, tentative de faire renaître l'agogué sous la forme que l'on considérait alors comme l'antique tradition de Licurgue. Ces réformes étaient portées par une conviction sincère que la grandeur perdue était récupérable si la cité acceptait de se réformer de fond en comble. Mais leurs

destins furent différents. Le programme d'Agi IV fut paralysé par l'opposition des grandes familles qui avaient profité de la concentration de la richesse et qui n'entendaient pas la remettre en jeu. Le roi fut finalement exécuté. Cléomène III parvint, lui, à imposer une part importante de ces réformes. avant que son projet ne soit brisé sur le champ de bataille par la coalition macédonienne et achéenne à Célassie, en 222 avant notre ère. Il mourut ensuite en exil en Égypte. Le système qu'ils avaient voulu ressusciter était peut-être trop profondément dégradé pour être durablement restauré. Et leurs échecs illustrent à leur façon une vérité que ce récit a cherché à mettre en lumière tout au long de ces chapitres. Une société

qui ne sait se reproduire que par la contrainte mais c'est pas non plus se transformer par le choix. La Sparte de l'époque romaine offre l'un des spectacles les plus étranges et les plus mélancoliques de cette longue histoire. Les Romains, fascinés par la réputation légendaire de cette cité, l'encouragèrent à entretenir ses traditions, non pas pour leurs valeurs militaires ou civiques, qui n'intéressaient plus personne, mais comme attraction culturelle, comme musée vivant d'une forme de vie révolue. Les représentations publiques de l'agogée notamment les épreuves d'endurance devant le sanctuaire d'Artémis Hortia, devinrent un spectacle pour visiteurs et voyageurs romains cultivés, un divertissement que les sources décrivent comme de plus en plus

spectaculaire et de moins en moins lié à l'original qu'ils prétendaient imiter. Sparté demeurait une cité active du monde romain, avec sa communauté politique, ses institutions, son économie et sa vie religieuse, tout en faisant de ses traditions archaïsantes une part essentielle de son identité publique. Un théâtre dans lequel elle jouait indéfiniment sa propre légende, devant un public qui venait chercher une image dont la réalité historique avait depuis longtemps disparu. Et pourtant, quelque chose dans cette cité continuait de fasciner, bien après que sa puissance fut éteinte. Pourquoi?

C'est la question centrale qu'il faut se poser pour clore ce récit, et la réponse est peut-être la partie la plus instructive de toute cette histoire. Le mythe spartiate n'a cessé, depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, d'être récupéré, reformulé et instrumentalisé par les idéologies les plus diverses. Platon l'avait déjà admiré pour ses vertus de discipline collective. Rousseau, au XVIIIe siècle, y voyait un idéal de vertu citoyenne contre la corruption des monarchies. Les révolutionnaires français de 1789 citaient Sparte et l'Acédémon dans leurs discours avec une régularité qui disait plus sur leur propre désir que sur la cité réelle et associait volontiers son souvenir à leur idéal du citoyen-soldat. Au

XXe siècle, des courants nationalistes de diverses natures ont trouvé dans la Sparte mythifiée, la Sparte de la pureté guerrière, de la communauté forgée dans la discipline, de la priorité absolue du groupe sur l'individu, une image qui servait leur propre projet. Ces récupérations successives révèlent moins quelque chose sur Sparte que sur ceux qui s'en emparent. Chaque époque y projette ce qu'elle cherche, et ce qu'elle cherche dit toujours plus sur ses propres manques que sur la réalité historique qu'elle croit contempler. Ce que l'histoire réelle de Sparte nous dit, au terme de ce récit long de plusieurs siècles, c'est quelque chose de plus sobre et de plus instructif que n'importe quelle idéalisation. Une lecture possible est qu'une société construite

presque entièrement autour d'une seule fonction risque de devenir prisonnière de cette logique, surtout lorsque les crises démographiques, la concentration de la propriété, les guerres et les choix de politique extérieure réduisent ensemble sa capacité d'adaptation. La grandeur de Sparte était réelle. Ses guerriers étaient extraordinaires. Son courage collectif est incontestable.

et son influence sur la pensée politique de deux millénaires et demi est un fait historique objectif. Mais cette grandeur était construite sur des fondations que nous avons examinées tout au long de ce récit. La terreur des hilotes, la concentration progressive des terres, l'exclusion mécanique de ses propres citoyens, l'incapacité structurelle à se transformer. Et ces fondations ne pouvaient pas tenir éternellement. Sparte est morte comme elle avait vécu, dans la forme, sans la substance. jusqu'au moment où il ne resta plus rien sur quoi maintenir la forme elle-même.

Si ce voyage à travers les siècles vous a accompagné jusqu'ici, de la plaine de Leuctre au village d'Orient du Péloponnèse, des lois de Licurgue au mur de Mécène, des thermopiles aux arènes de la Sparte romaine, je vous invite à rejoindre Histoire des civilisations en vous abonnant au podcast, parce que d'autres grandeurs et d'autres effondrements vous attendent, racontés avec la même passion et le même souci de ce qui s'est réellement passé.

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